Vendredi, 25 Avril 2014

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n°1352 (25-31 mars 2004) | Antifascisme Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Les Fascistes belges en embuscade

Lors des scrutins régionaux du 13 juin, de très nombreux électeurs belges cocheront d'une croix gammée les listes du Vlaams Blok et du Front national. C'est du moins ce qu'annonce le sondage réalisé par le journal le Soir.1

La poussée d'extrême droite diagnostiquée par la presse, puis confirmée lors des élections législatives de mai 2003, s'amplifie en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie. En région wallonne tout d'abord, le FN - qui affiche 8,5 % des intentions de vote 2 - surfe toujours sur la vague lepéniste des présidentielles françaises. Il a séduit une partie des électeurs libéraux du Mouvement réformateur. Daniel Ducarme, ministre-président de la région bruxelloise et libéral bon teint, a avoué en février une fraude de 200 000 euros d'impôts impayés. Ce scandale, ajouté au désarroi de zones industrielles sinistrées, explique en partie ces résultats inquiétants. En province du Hainaut, le FN affichait en 2003 près de 10 % de voix. Un an plus tard, les sempiternelles promesses électorales ont donné toute leur mesure : rien n'a été fait pour résoudre les problèmes économiques à l'origine du vote brun.

En Flandre, le Vlaams Blok représente le choix de 22,3 % des électeurs (soit 4,4 % de plus qu'en 2003). Les chrétiens démocrates flamands du CD & V ne le devancent que de peu : ils se situent à 29,6 %. Les fascistes flamands puisent eux aussi de nombreux électeurs chez les libéraux, au VLD cette fois. Lors du débat sur le droit de vote des étrangers non européens aux élections communales, des élus VLD avaient tenu des propos radicaux... Les électeurs, comme toujours, ont préféré l'original à la copie. Nouvelle preuve, s'il en fallait une, que ce n'est pas en chassant sur les terres de l'extrême droite qu'on la résorbe. Nouvelle preuve aussi de l'inconséquence des élus libéraux, tant francophones que néerlandophones : agiter la question du vote des étrangers, et se complaire dans les propos xénophobes, tout en sachant que le texte de loi sera approuvé par une large majorité parlementaire, c'est séduire l'électeur du Blok sans le satisfaire. Frustration, réaction, nazification.

À Bruxelles, cohabitent 85 % de francophones et 15 % de néerlandophones. Les premiers disposent de 72 sièges au parlement régional et les seconds 17 sièges. Le Vlaams Blok arrive en tête des partis néerlandophones avec ses 8,4 %.3 Il laisse loin derrière lui les socialistes flamands et leurs maigres 2 %.

Le Blok s'impose avec une voix flamande sur deux et recueille la majorité des sièges (9 sur 17) au sein du groupe linguistique flamand du parlement bruxellois. Comme tous les partis démocratiques se sont juré de ne jamais gouverner avec l'extrême droite, le parti fasciste bloquerait de fait les institutions régionales. Situation improbable cependant : les partis traditionnels ne géreront pas indéfiniment les affaires courantes, que la tentation du pouvoir soit trop forte ou que le Blok profite de ce blocage pour endosser une fois de plus le rôle de la victime. Dans ces deux cas, les partis démocratiques seraient contraints de travailler avec les néo-nazis du Vlaams Blok... Tout bénéfice, pour les néo-nazis. En s'appuyant sur la capitale, le Blok dispose par ailleurs d'un puissant levier sur les institutions du pays.

Les sondages ne sont qu'un polaroïd de l'opinion publique, un signal d'alarme fort, mais ils confirment malheureusement les chiffres obtenus dernièrement par la Commission européenne : 53 % des Belges estiment que l'économie du pays n'a pas besoin de nouveaux travailleurs immigrants. Près de la moitié de la population (47 %) trouve en outre que les immigrés en séjour illégal ne devraient pas bénéficier des mêmes droits que les ressortissants du pays.4 Une telle xénophobie dans un pays où le vote est obligatoire réserve des (mauvaises) surprises aux élections régionales, celles-ci ou les suivantes. Et promet du boulot pour les antifascistes.

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