Lundi, 21 Avril 2014

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n°1604 (16-22 septembre 2010) | Antifascisme Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Riposte contre la chasse aux Roms à Saint-Étienne

1604RomsStEtienneLa ville de Saint-Étienne a été choisie comme l’une des opérations pilotes pour relancer et systématiser la chasse aux Roms à la suite du désormais sinistrement fameux « discours de Grenoble » prononcé par Sarkozy. Il est vrai que son nouveau maire, Maurice Vincent, du Parti socialiste, n’a de cesse de pourchasser cette partie de la population, évaluée à cent quarante personnes environ (hommes, femmes et enfants) dans l’agglomération. Il les a faites expulser de plusieurs squats successifs, pour des motifs les plus divers. L’un des bâtiments concernés qui était, paraît-il, menacé de destruction, est toujours debout.

Expulsion massive des Roms
D’après nos informations, le ministère de l’Intérieur et la Ville ont planifié ensemble les nouvelles expulsions. Pour le premier, il s’agit de mouiller la gauche dans le cadre de sa politique ultrasécuritaire, pour la seconde de s’abriter derrière les consignes préfectorales et ministérielles tout en essayant, dans la perspective des élections municipales de 2012, de grappiller des voix. Car Saint-Étienne, bien que ville populaire et encore ouvrière, est historiquement dominée par la droite, malgré quelques parenthèses radicales ou socialo-communistes, et le Front national y a réalisé des scores très confortables. La victoire socialiste en 2008 s’est faite sur un coup de chance grâce à la vague anti-blingbling et au maintien, lors du second tour, de la liste du Modem qui a fractionné l’électorat de droite.
Le 6 août, dans la torpeur estivale toujours propice aux mauvais coups, la police évacue le bidonville de Montmartre où s’abritaient la plus grande partie des Roms, endroit paumé, sordide, coincé entre un cimetière et le chenil de la SPA. Sur son site personnel, le maire a fait savoir qu’il avait reçu plusieurs plaintes de la part de citoyens stéphanois mécontents de la présence des Roms. Probablement sont-ce les morts du cimetière et les chiens hurleurs du chenil qui ont manifesté leur hostilité.
Les Roms se sont alors réfugiés pendant quatre jours et trois nuits sur la place de l’Hôtel-de-Ville, en plein centre de l’agglomération. Pendant ce temps, les bulldozers rasaient le bidonville et des gardes empêchaient que les Roms viennent y chercher leurs affaires. La solidarité a commencé à s’organiser sur la place. Des copains ont passé la nuit avec eux et ont commencé à assurer le ravitaillement.
À plusieurs, dont un copain vivant avec une Rom, plus un autre investi dans le monde de la précarité, nous avons été surpris de l’attitude des quelques militants encore présents du Réseau solidarité Rom (RSR). En effet, malgré leur important travail en amont (aide à la scolarisation, au logement, soutiens, etc.), ceux-ci refusaient de déployer des banderoles, de préparer un tract à plusieurs et d’effectuer une riposte à l’ampleur de la répression, alors même que nous étions sous les feux de l’actualité, plusieurs médias nationaux ayant immédiatement dépêché des envoyés sur place. Dans la mesure où certains de leurs membres sont très proches de la majorité municipale et que l’une de leur leader devait même figurer sur la liste de gauche, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi.

La résistance et la riposte s’organisent
Nous avons donc décidé de nous constituer en groupe souple – le Groupe action solidarité – en menant la riposte sur les deux fronts de la solidarité et du combat politique. Grâce aux coups de main du Secours populaire ou d’amis qui nous apportaient par exemple des cagettes de fruits, nous avons distribué de la nourriture tous les jours à midi sur la place de l’Hôtel-de-Ville, pendant trois semaines. Cela constituait un point régulier de ralliement tant pour les Roms, entre-temps chassés de la place et cachés un peu partout dans la ville, que pour les personnes désireuses de manifester leur soutien ou d’entrer en contact avec nous.
D’emblée, notre position fut de dénoncer l’attitude non seulement de la préfecture, logiquement aux ordres de Sarkozy-Hortefeux-Besson, mais aussi de la mairie. Celle-ci est même dans l’illégalité puisque, contrairement aux directives de la Commission européenne, elle ne se donne pas les moyens d’intégrer les Roms, citoyens européens, et que, contrairement au droit opposable au logement, elle ne propose pas de logement à ceux qui sont juridiquement en situation régulière, sans parler des autres.
Avec des tracts, nous avons appelé à un rassemblement le 17 août sur les marches de l’hôtel de ville, qui a constitué un pas en avant puisque des Roms étaient présents et qu’il a rassemblé une soixantaine de personnes, soit bien plus que les rassemblements précédents, et en plein été.
Le ton a vite monté entre nous et le RSR. L’un de ses membres, ayant probablement gardé sa grille de lecture du temps de la Guerre froide, et incapable de penser que la solidarité puisse exister par nous, nous a même demandés de façon agressive en pleine réunion : « Qui vous finance ? »
Nous nous sommes également efforcés de faire jouer la solidarité et la prise de conscience politique au sein des Roms dont le terme de « communauté » est en partie artificiel puisqu’il ne doit pas masquer la juxtaposition de familles qui ne se connaissent pas forcément, l’existence de rivalités, comme dans toute société, et le poids de certaines féodalités (caïdat de personnes installées dominant les plus démunis).
Selon nous, la prime de rapatriement vers la Roumanie accordée par l’État (300 euros pour les adultes, 100 euros pour les enfants) constitue, outre son caractère dégradant, un bizness pour beaucoup. Car une fois là-bas, et une fois l’argent claqué, il faut bien que les Roms qui veulent revenir – ce qu’ils font, ils reviennent, la moitié des expulsés du squat de la Béraudière sont à nouveau là – trouvent un financement. Ils s’endettent à nouveau et tombent sous la coupe de créanciers vigilants. Ce bizness de la misère arrange aussi bien les voyous de l’État que les caïds du sous-prolétariat. La boucle est bouclée.

Succès de la manifestation du 4 septembre
L’appel national de la LDH à manifester le 4 septembre contre la xénophobie ne nous a pas posé d’états d’âme : il fallait y aller. Ce ne fut pas le cas de certains militants, dont beaucoup revenus de vacances, qui se demandaient s’il fallait encore défiler avec la gauche et s’il ne valait pas mieux envahir la mairie, hop, comme ça, sans construire le rapport de force ni se préparer sérieusement, vieux réflexe maximaliste du « quand on ne peut rien ou pas grand-chose », on demande alors « le grand tout » dans un élan rhétorique.
La réunion de préparation de la manifestation qui a réuni à la Bourse du Travail de Saint-Étienne tout ce qui pouvait compter de partis et d’associations de gauche et d’extrême gauche a été l’occasion de vérifier la pusillanimité des uns, et le double discours des autres. Les représentants du Parti socialiste se sont particulièrement distingués en jugeant même qu’il ne fallait pas trop mettre les Roms en avant car cela risquait de les stigmatiser davantage. Ben voyons !
Nous avons peaufiné la préparation : plus de deux mille tracts, des contacts, mobilisation des Roms, ou des lycéens instinctivement d’accord avec ce combat. La manifestation du 4 septembre a été un succès, rassemblant à son zénith près de deux mille personnes et avec une dynamique que, au dire de plusieurs personnes, nous n’avions pas vue depuis longtemps à St-Étienne.
La banderole de notre groupe tenue par les Roms, et avec quelques drapeaux noirs, a ouvert la manifestation en l’emmenant sur les marches de l’hôtel de ville, ce que ne voulaient surtout pas la gauche ou ses satellites. Nous avons pris la parole, notre mégaphone étant dédoublé par celui du NPA, en exposant nos revendications :
1. Fin des expulsions, en France comme à Saint-Étienne, des Roms comme des sans-papiers, venant de la Préfecture comme de la Ville.
2. Suppression du « carnet de circulation » pour les gens dits du voyage.
3. Mise en place de mesures concrètes pour éliminer la discrimination à l’embauche et au logement.
Nous avons présenté nos axes d’actions :
1. Renforcer et élargir la solidarité, en avançant la réflexion, l’action et l’émancipation.
2. Créer un collectif contre la xénophobie, non politicien, non électoraliste, non rhétorique.
3. Faire accéder les revendications auprès de la Mairie, en intervenant directement auprès du conseil municipal le surlendemain.
L’échec de ce rendez-vous du 6 septembre, puisqu’il n’y avait pratiquement personne et que nous attendons encore celles et ceux qui voulaient « envahir la mairie », tempère le succès de la manifestation et montre qu’il y a encore du pain sur la planche.
Mais nous avons les idées et les moyens d’approfondir la mobilisation, sans se cantonner à la seule question Rom, en l’élargissant à l’ensemble de la question économique et sociale. Le refus des Amaps et de son réseau de fournir des vivres interroge, pour le moins, mais il ne doit pas nous pousser à nous replier sur nous-mêmes. De nombreuses personnes, souvent d’anciens militans en ont assez des discours politiciens ou révolutionnaires et veulent de la construction concrète. Oui, décidément, il y a du pain sur la planche.

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