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n°1617 (16-22 décembre 2010) | Antifascisme Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Ni État, ni ETA

1617ETAAujourd’hui encore, la répression des États-nations envers les minorités nationales ne perd rien de sa férocité.
Celle qui s’abat sur des militantes et militants de l’ETA, tant en France qu’en Espagne, reste dans cette tradition où tous les coups sont permis. Si, heureusement, les commandos de la mort semblent avoir été mis en veilleuse, tortures et dénis de justice sont toujours de mise.
Il est impératif pour les libertaires de rester sans cesse vigilant pour dénoncer cette répression. C’est ce que le Monde libertaire est en train de faire, en rendant compte des procès qui se tiennent actuellement en France.
Cependant, cela ne signifie en aucun cas que les victimes de cette répression puissent gagner automatiquement notre sympathie, notamment lorsqu’il s’agit de ce nationalisme guerrier qu’est l’ETA.
Nous devons d’autant plus nous en garder, que l’ETA s’est bâtie toute une mythologie et bénéficie encore de l’aura quelle a pu acquérir dans le combat contre le franquisme. Il est donc indispensable de connaître un tant soit peu l’histoire du nationalisme basque et de l’ETA.
Celle-ci naît sous le franquisme (1959) de la fusion des jeunesses du Parti national basque et d’un groupe étudiant de l’université de Bilbao (Ekin).
On trouve étroitement imbriqués dans la genèse de l’ETA des origines nationalistes et religieuses, et un marxisme-léninisme mixant toutes ses tendances (stalinienne, trotskiste, mao). Le principal inspirateur de l’idéologie de l’ETA est l’écrivain et politicien basque Fédérico Krutwig qui théorisa à propos du rapport du nationalisme ethnique basque et du marxisme-léninisme. Il s’inspira aussi des doctrines et stratégies des luttes armées des années 1960-1970 : Algérie, FLN ; Palestine, OLP ; Cuba et guérillas d’Amérique latine ; Irlande, IRA.
Pour bien apprécier ce qu’est l’ETA, il faut aussi, et même surtout, connaître les particularités du nationalisme basque. La principale caractéristique de ce nationalisme repose sur une interprétation purement ethnique de la nation basque. Le concept d’Euskadi n’est pas fondé sur une nation au sens culturel, géographique ou historique, mais avant tout sur la conception d’une population biologiquement pure.
Sabino Arana Goiri (1865-1903) parlait de « limpieza de sangre » : pureté ou propreté du sang.
Engracio de Aranzadi, autre idéologue nationaliste écrivait dans les années 1930 : « Si le peuple basque est bon, ce n’est pas grâce à ses intuitions, mais à l’intégrité de son esprit racial. »
Sabino Arana Goiri a été le fondateur du Parti national basque. Il a créé : le concept d’Euzkadi : « un peuple, une nation » ; l’hymne national basque : Euzko Abendaren Ereserkia qui signifie « Hymne de la race basque » (l’ETA a adopté pour hymne, Eusko Gudariak, l’hymne de l’armée basque). Il a aussi créé l’Ikurrina (le drapeau basque), symbole d’un Pays basque unifié indépendant, qu’il justifiait par le concept de « race basque qui ne ressemble en rien à l’espagnole ou à la française, toutes deux d’origine latine ».
Ce concept, aujourd’hui scientifiquement intenable, a été mis de côté, mais il revient sournoisement dans les déclamations nationalistes : « Basque, Basque tout court, ni Espagnol, ni Français. »
On le voit, le nationalisme basque, dont l’ETA est l’héritière, nous amène bien loin des droits légitimes des peuples.
Dans leur construction mythique, les membres de l’ETA se présentent souvent comme les enfants de Guernica. Pourtant, si le 26 avril 1937, la légion Condor a dévasté Gernika, ce n’est pas parce que c’était une ville basque, mais parce que cette ville basque était dans le camp républicain contre le camp… nationaliste (espagnol celui-là).
C’est vrai, l’ETA s’est distinguée sous Franco en éliminant des policiers tortionnaires et en débarrassant l’Espagne du dauphin du Caudillo : Carrero Blanco.
Mais il faut aussi savoir que si cette lutte légitime a fait à l’époque 43 tués, les rackets, enlèvements, extorsions, attentats et assassinats qui continuent depuis la fin du franquisme ont fait plusieurs centaines de victimes, dont une bonne part de civils et même de membres de l’ETA abattus pour avoir voulu abandonner la lutte armée.
Alors, des militantes et militants nationalistes peuvent toujours se gargariser de romantisme révolutionnaire et tenter de nous faire croire que « le drapeau, c’est provisoire, comme les frontières », mais nous savons bien que pour faire rentrer la réalité dans le mythe, il n’y a que la mystification.

Jean, groupe Gard-Vaucluse de la Fédération anarchiste

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