Samedi, 2 Juin 2012

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n°1636 (19-25 mai 2011) | Antifascisme Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Loin Deyzieu, loin du cœur

1636DeyzieuCe premier 1er mai de l’ère Marine Le Pen n’aura pas déplacé les foules. Malgré un trajet très particulier dans les rues de Paris pour cacher la faible mobilisation, il était évident que le défilé du Front national (FN) n’avait pas retrouvé les effectifs des années 1990 ou celui de 2002, prouvant une fois de plus que si le FN a des électeurs, il n’a pas de militants. On peut légitimement estimer qu’entre 3 000 et 4 000 personnes seulement avaient fait le déplacement.
En tête de cortège, la plupart des responsables du FN et des secrétaires départementaux s’étaient regroupés autour de Marine Le Pen tandis que Bruno Gollnisch défilait en fin de manif entouré de son équipe rapprochée. La fédération lyonnaise a d’ailleurs singulièrement fondu depuis l’année dernière, le congrès de Tours et la polémique sur l’Œuvre française ayant eu leur petit effet. Entre les deux, on retrouvait les différentes fédérations du FN, certaines regroupant moins d’une dizaine de personnes, certains brandissant de curieux drapeaux bleus siglés « Liberté » totalement neutre, sans aucune référence au FN ou à Marine Le Pen.
Quant au tournant syndical du FN impulsé par Marine Le Pen si souvent décrit dans les médias, on repassera : on était très loin de l’ambiance du défilé du 1er mai 1996, quand Mégret et ses troupes s’étaient fixés comme objectif d’investir le champ syndical. Pas un seul tract, slogan ou banderole ne faisaient référence au monde syndical. Certains ont néanmoins réussi à voir Thierry Gourlot et Fabien Engelmann derrière une banderole « Pour un syndicalisme national ». Cette absence totale de thématique au sein du cortège frontiste était même flagrante. Rien n’avait été autorisé à part les banderoles de férérations, les drapeaux bleu blanc rouge et les fameux drapeaux bleus. Même les slogans donnaient dans le classique : « Le Pen président », « Bleu, blanc, rouge, la France aux Français » et parfois un timide « France, Nation, Révolution ».

Les « bones » habitudes
Ce défilé devait également être celui d’un nouveau FN plus propre, débarrassé des skins et autre groupuscules nationalistes si gênants pour la nouvelle direction. Malgré des consignes strictes envoyées aux fédérations, les boneheads étaient bien présents dans le cortège du FN, comme simples participants ou intégrés dans les SO volants. Certes, le look était moins explicite que par le passé, mais pour toute personne connaissant un tant soit peu ce milieu, il était évident que le FN n’avait pas fait le ménage dans ses rangs et que le parti a encore et toujours besoin de ce genre d’individus ou des groupuscules radicaux pour venir renforcer un service d’ordre incapable numériquement de tenir un tel événement. Preuve de la mauvaise santé du DPS, il n’existait aucune uniformité parmi les différents groupes présents tout au long de la manif, certains arborant les bombers et casques siglés DPS [Département protection sécurité, service d’ordre du FN. Ndlr] tandis que d’autres se la jouaient plus professionnels avec des coupe-vent siglés DPS, un peu comme les boîtes de sécurité pro. Enfin, plusieurs dizaines d’individus, comme par exemple des pompiers, portaient le brassard orange autour du bras.
En fin de manif, comme par le passé, les esprits se sont un peu échauffés. Certains membres des SO volants, perdant leur calme, ont tenté à plusieurs reprises d’intimider physiquement journalistes et passants, forçant Yvan Benedetti, lors du passage de la fédération Rhône-Alpes, à calmer les esprits. En fin de cortège, la tradition était également au rendez-vous puisque, comme aux « belles » années du défilé du Front des années 1980 et 1990, on retrouvait une petite délégation du Gud emmenée par Édouard Klein et Baptiste Coquelles qui, pour l’occasion, aura enfin pu terminer un défilé du FN. Les gudars seront rejoints lors du discours de Marine Le Pen par Serge « Batskin » Ayoub, preuve que politiquement ce petit milieu navigue à vue, essayant de prendre la température du moment.

Le défilé du 8 mai
Mais ce constat sur la baisse des effectifs du FN version Marine vaut aussi pour la manifestation nationaliste du 8 mai, autrefois commémoration du 9 mai, devenue grande sortie annuelle de tout ce que le pays compte de groupuscules et de psychopathes nationalistes. Les organisateurs, et en premier lieu Serge Ayoub, avaient en effet marqué un coup l’année dernière en transformant une retraite aux flambeaux annuelle de 300 personnes en une manifestation de 700 à 800 personnes relativement impressionnante. Celle de cette année était globalement en retrait, entre 500 et 600 personnes grand maximum, comme on peut d’ailleurs l’apercevoir sur les photos d’altitude publiées sur le blog Droites extrêmes. Ce reflux se ressentait dans quasiment tous les cortèges, dès lors que l’on retrouvait globalement les mêmes que l’année dernière : Nouvelle droite populaire (NDP), Terre & Peuple (T&P), Renouveau français (RF), Gud, Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) et Troisième voie, Nationalistes autonomes, Front comtois, Front des patriotes, Nation, Comité du 9 mai (C9M) et hools parisiens.
On peut considérer que cette manifestation à l’ampleur nationale a donc atteint son niveau réel de potentiel de participants car la sociologie de ces derniers est très limitée : énorme majorité de jeunes militants ou sympathisants radicaux très fortement lookés (tatouages à foison, crânes rasés à l’unisson) et vieux militants retraités ou pas loin de l’être. On voit ainsi mal comment les organisateurs pourraient espérer attirer des militants moins typés et à plus forte raison des familles avec enfants, si on excepte le Renouveau français qui alignait celles de ses militants.
Ce nombre demeure cependant – et évidemment – loin d’être négligeable au regard du nombre de manifestants venus pour le FN ce 1er mai.
La manifestation appelle quelques autres remarques. Serge Ayoub a définitivement enterré Sébastien Deyzieu et cette manifestation du 8 mai n’a clairement plus qu’un lien fort symbolique avec le militant nationaliste décédé en 1994. Certes une messe doit être dite le 9 mai au soir à Saint-Nicolas du Chardonnet avec à la clé un dépôt de gerbe, mais la commémoration est résiduelle. Il n’a été fait aucune allusion au 8 mai 1994 et le fantomatique C9M censé perpétuer le souvenir de Sébastien Deyzieu était relégué en toute fin de cortège, animé et drainé par des inconnus, à quelques exceptions près.
La droite radicale est retournée à son niveau d’éparpillement et de fractionnement de la fin des années quatre-vingts, avec une multitude de groupes, souvent locaux, se réclamant du nationalisme révolutionnaire ou du national-socialisme et en utilisant les symboles et les slogans. Personne ni aucune organisation ne semble en capacité d’unifier toutes ces structures ou ne serait-ce que de les coordonner. D’ailleurs, si chaque groupe veut bien manifester, c’est souvent en espérant être le plus loin possible des autres. C’était particulièrement net avec les « vieux » de la NDP et de T & P mais tout autant avec le RF. On peut bien s’appeler « camarades », il y a des limites…
Cette manifestation est devenue l’anti-1er mai. Non seulement parce que les participants ne se privent pas pour dire tout le mal qu’ils pensent de Marine Le Pen, y compris d’ailleurs à la tribune puisque Pierre Vial y est allé de son coup de patte attendu sur les « valeurs de la République » chères selon lui à la fille Le Pen, mais surtout parce qu’on y retrouve tous les parias du FN, en l’occurrence les désormais célébrissimes Alexandre Gabriac et Christophe Georgy, entre autres, ou les futurs purgés comme Yvan Benedetti. Pour autant, ils n’étaient pas les seuls puisqu’un proche de Marine Le Pen, en l’occurrence Jildaz Mahé, était également présent, sans doute par pure curiosité.
La manifestation s’est terminée par des prises de parole qui ont rarement soulevé l’enthousiasme. La palme du flop revient sans doute à l’orateur du RF, Sylvain Jaurand alias Sylvain Maubranche, au charisme approximatif, espérant fermement redonner à cette manifestation un contenu spirituel catholique qui ne lui a attiré que des ricanements dans les rangs de Terre & Peuple. Il dispute cependant cette palme à Édouard Klein qui peine décidément à entrer dans le costume de ses anciens, n’ayant l’envergure ni du fond ni de la forme généralement associés au Gud. Assez curieusement, et contrairement à l’année dernière, Serge Ayoub n’a pas montré non plus un talent extraordinaire, s’engageant dans une longue énumération des batailles dont lui et les siens seraient les héritiers, de Bouvines à la Bastille en passant par Verdun, ce qui n’était pas frappant quand on constatait l’état d’ébriété de certains participants. Enfin Robert Spieler et Pierre Vial ont été égaux à eux-mêmes, Vial multipliant les clins d’œil antisémites comme il les aime et comme les apprécient d’autres personnalités présentes, à l’instar de François Lalin. Le même Vial a d’ailleurs tout autant marqué son territoire en utilisant plusieurs fois le terme « identitaire », histoire de ne pas laisser ce vocable aux frères ennemis niçois. Les mêmes, en moins nombreux, ont assisté au meeting de l’après-midi tenu passage Dubail dans les anciens locaux du PNF, tandis que les JNR tenaient une assemblée communautaire rue des Vinaigriers et certains ont même poursuivi le soir au concert de Laibach.
Sous la pression des antifascistes et par la volonté de Serge Ayoub, la droite radicale a clairement tourné la page Deyzieu, prouvant au passage que la prétendue commémoration n’était depuis longtemps qu’un prétexte pour une manifestation publique. Mais cela a été pour mieux rebondir en instituant un nouveau rendez-vous des affreux. On peut d’ores et déjà se préparer à celui de l’année prochaine…

REFLEXes
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