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Mon ami Jean
Respectueux, toutefois, de l’engagement politique de ma compagne, de ses convictions religieuses et de l’attachement à ses racines, je préfère qu’elle le revête uniquement en compagnie de ses camarades révolutionnaires, au moment où ils entonnent en chœur « ni dieu, ni césar, ni tribun » ou « du passé faisons table rase ».
Mon ami Jean, pourfendeur opiniâtre de la pensée binaire, comme le furent avant lui la plupart des compagnons qui nous aidèrent à réfléchir, me dit qu’il serait encore une fois ridicule de devoir choisir entre peste et choléra. Que les dérives policières ou xénophobes plus qu’évidentes d’un État enlisé dans une merde confessionnelle qu’il a lui-même grandement entretenue ne sauraient toutefois nous faire oublier ou abandonner un devoir d’anticléricalisme plus que jamais nécessaire. Que dénoncer ces réflexes autoritaires – en trouvant dans le même temps mille excuses ridicules aux manifestations croissantes de l’obscurantisme musulman – peut parfois procurer la douce sensation de se croire résistant sous l’Occupation en prétendant combattre un « État fasciste », quand on se transforme plus sûrement en porteur de valises, au mieux involontaire, de l’islamisme radical militant. Qu’il n’y a pas de « religion des pauvres », moins abrutissante ou plus compréhensible qu’une autre parce que d’origine immigrée. Qu’il est inutile de s’en référer à de grands principes s’il s’agit de les mettre au panier à la première occasion. Que c’est précisément dans les moments difficiles que ce recours se justifie pleinement.
Il est comme ça, Jean. Anti-étatiste et anticlérical. C’est bête, hein ? Il a même trouvé une formule toute simple pour résumer cela : « Ni dieu ni maître ». Il pense que les anarchistes devraient se l’approprier…
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