Samedi, 19 Avril 2014

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n°247 (15 déc. [1977]) | Autogestion Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Changement de cap pour les travailleurs de Lip

Depuis la décision de liquidation des biens de LIP S.A. par le tribunal de Paris, le 3 mai 1976, la lutte des travailleurs de LIP suivait deux axes. Pression sur les pouvoirs publics d'une part, et action de sensibilisation et de popularisation d'autre part. Cette étape de la lutte est jalonnée par un certain nombre de dates importantes. Le 5 mai 1976, occupation de l'usine. Les 8 et 9 mai, journées portes ouvertes. Le 14 mai, réception des lettres de licenciements collées sur les portes de la préfecture le 18 mai. Le 17 juin, arrêt de l'express de Paris et collage sur les wagons. Le 10 février, entrée dans les bureaux de la préfecture. Le 31 mai, remise en route d'une partie de la production. Les 18 et 19 juin, journées portes ouvertes. Le 4 juillet, ouverture à Lip du restaurant des chômeurs. Le 13 juillet, première paye ouvrière. Le 16 juillet, intervention des forces de l'ordre qui s'emparent de 200 montres. Le 7 octobre, gaz coupé par les flics, heurts violents. Le 17 octobre, après la quatrième coupure de courant, celui-ci est rétabli par les travailleurs.
Aujourd'hui, après la décision prise en assemblée générale, le 8 novembre, de réanimer l'outil de travail et de donner à Lip une structure juridique, une nouvelle étape s'ouvre dans la longue lutte des travailleurs de Lip. Premier pas de cette nouvelle étape : les journées portes ouvertes des 3 et 4 décembre.
Avant tout, c'est une action de solidarité pour Lip, par la souscription « Les amis de Lip », afin de créer une coopérative. C'est aussi le rappel de leur lutte et de leurs objectifs par les travailleurs. La lutte pour une société plus juste et plus humaine, une société qui se fera pour l'homme et non contre lui au bénéfice de ceux qui possèdent. Le refus que d'autres pensent et agissent à la place des travailleurs. La lutte pour le droit à l'emploi, pour son appropriation collective comme un droit fondamental de l'homme, pour le droit de choisir et pour l'affirmation de la volonté de vivre au pays. L'affirmation de la viabilité de Lip. La lutte pour la création d'autres rapports sociaux. La revendication du droit de créer l'histoire qui appartient à la collectivité. La lutte pour la victoire sur les habitudes et la construction avec tous les travailleurs d'une société nouvelle.

Organisation actuelle de la lutte
Les assemblées quotidiennes réunissent en moyenne 450 travailleurs. Un fonctionnement de commissions, qui ont un pouvoir auto-organisationnel mais en harmonie avec ce que l'assemblée a défini, a lieu. Un conseil de gestion, qui comprend des représentants des commissions et des membres élus par l'AG, a pour rôle de faire circuler l'information. Il consiste également à rassembler les problèmes afin de permettre leur synthèse, à informer l'assemblée générale sur les points qui nécessitent une décision collective. Le collectif d'animation (112 personnes élues pour deux mois) impulse les décisions, veille à leur application, prend celles qui s'imposent à un moment donné, anime en permanence la vie de la communauté. La mini-assemblée, elle, regroupe tous ceux qui le désirent, une fois par semaine, afin d'approfondir les questions qui auraient été abordées trop superficiellement ou mal comprises par les travailleurs. La section syndicale se réunit une fois par semaine pour la formation de ses adhérents.

Une forme de vie communautaire
Qu'est-ce que cela signifie ? Promouvoir l'existence communautaire et l'imagination, inscrire le combat dans celui des travailleurs, particulièrement les chômeurs. La vie communautaire commence dans les commissions par l'apprentissage de la vie de groupe, en prenant et appliquant les décisions. Énumérons ici quelques-unes de ces commissions :
- La commission chômage qui se base sur l'organisation collective, la solidarité, le partage : restaurant, groupement d'achat, bourse aux vêtements, salon de coiffure, garderie d'enfants non directive.
- La commission artisanale : chômageopoly, assiettes décorées, confection d'objets en tissus, bimbeloterie, couture, pyrogravure.
- La commission industrielle qui réactive le secteur horlogerie, mécanique, fabrication de boîtiers de montres et création dans le domaine du matériel médical et du transfert technologique.
- La commission de popularisation fait connaître la lutte par films, affiches, presse, tracts, meetings et manifs.

Le choix : légalité ou illégalité ?
Le 8 novembre 1977 a été prise la décision de réanimation de l'outil de travail. Pour les travailleurs de Lip, c'était une nécessité. L'outil de travail se dégrade, aussi ont-ils décidé de réanimer l'entreprise. La voie, c'est un plan horloger cohérent, incluant la diversification industrielle. C'est la seule façon de préserver les 15 000 emplois horlogers. Les ouvriers de Lip partent de l'emploi des 500 travailleurs de Palente, ils ne partent pas, comme les patrons, lorsqu'ils lancent une entreprise, d'un plan industriel, de capitaux, du soutien des dirigeants, mais de leur volonté de vivre dans leur usine, dans leur région. Pour réussir, ils ont la rage de vivre et de lutter, leur goût du collectif, la solidarité active des travailleurs, Lip et ses capacités techniques. Hier, Lip était une manufacture, doit-elle le rester ? Lip travaillait essentiellement avec les horlogers-bijoutiers, doit-elle conserver ce réseau ? Pour répondre à ces questions, les travailleurs repensent leurs capacités, étudient minutieusement les réalisations et débouchés possibles, pour arriver à des réalisations industrielles qui favoriseront et créeront 500 emplois.

La coopérative
Le projet des travailleurs de Lip n'est pas de créer une coopérative, ceci n'est qu'un moyen avec pour objectif les 500 emplois à Palente. Sans structure juridique, ils ne peuvent en effet obtenir ni contrats, ni marchés, ni travail. Les inconvénients de la coopérative résident dans la difficulté de donner à la base des moyens de contrôle permanent (pouvoir du directoire, conseil de surveillance élu pour quatre ans), mais le juridique n'est qu'une forme, l'important est l'utilisation qu'on en fait, la capacité des travailleurs de faire vivre une démocratie par-delà les structures juridiques. Des patrons ? Non ! Pour les travailleurs de Lip, les travailleurs s'exploitant eux-mêmes, cela est inacceptable. C'est pourquoi ils chercheront à développer l'information de chacun, à donner à l'assemblée générale un réel pouvoir de contrôle. La forme juridique est pour eux un moyen non une fin de la lutte d'ensemble.

Les journées portes ouvertes
Au cours de ces deux journées portes ouvertes qui ont vu passer à Lip près de 10 000 personnes, un film sur la lutte des Lip était présenté et un débat permanent avait lieu sur la nouvelle orientation donnée à la lutte. Ce débat a été principalement marqué par les objections de militants gauchistes par rapport à l'idée de coopérative.
En attendant les soirées animées par des groupes folk, un certain nombre de stands de vente étaient proposés aux visiteurs par les travailleurs de Lip et par des délégations d'usines actuellement en lutte. Parmi celles-ci : IBP, CIP-chemiserie, REO-chaussures, SCPC-jeux divers et sujets en céramique, SCHLUMPF-laine, Sidérurgie lorraine-cendriers, MIVOC-Vin, IDEAL-STANDART, RELLIAC : fabrique et réparation de montres de Maiche (Haut-Doubs). Dépôt de bilan le 22 juin 1976, licenciement du personnel le 26 août. Le 15 décembre, constitution d'une coopérative de production.
CAT : Besançon, centre d'aide par le travail ayant comme activités menuiserie, tapisserie, etc. Personnel licencié le 25 février dernier. Les travailleurs occupent et se payent en fabriquant et en vendant des meubles.
TEPPAZ : entreprise de la banlieue lyonnaise fabriquant des électrophones. La liquidation est prononcée par le tribunal de commerce le 27 octobre dernier. Depuis ce jour, l'usine est occupée par les travailleurs qui, depuis le 27 novembre, ne perçoivent plus les 90 % de l'ASSEDIC.
CARON-OZANNE : imprimerie de Caen occupée par les travailleurs le 5 juin 1975 à la suite de l'annonce de 48 licenciements. Occupation de l'usine. Parution d'un journal Ouest –licenciements, ouvert à toutes les luttes. Le 20 mai 1976, évacuation par les forces de l'ordre, inculpation de dix travailleurs pour vol.


Groupe Proudhon (Besançon)

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