Autogestion | n°1652 (24-30 novembre 2011)

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Hélio Corbeil, la suite
Pour celles et ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la reprise des outils de travail par les salariés, voici les suites de la liquidation judiciaire de l’imprimerie Hélio Corbeil à Corbeil-Essonnes (91) 1.
Une partie des salariés qui ont proposé de reprendre l’imprimerie en société coopérative et participative (Scop), a réussi à obtenir le 26 octobre un délai auprès du tribunal de commerce, afin de préparer un dossier de reprise.
Un projet complet et réaliste a été rédigé en un temps record avec l’aide de l’union régionale des Scop. La volonté des salariés, dont la plupart sont présents dans l’entreprise depuis plus de vingt ans, de mener ce projet jusqu’au bout est réelle. En effet, l’effort financier qui est demandé à chaque futur membre de la Scop n’est pas anodin. La prime de licenciement que ceux-ci devaient toucher en cas de cessation d’activité doit être réinvestie dans la scop, et surtout chaque salarié doit apporter un mois et demi de salaire brut en complément, le reste du capital étant apporté par divers prêts de la région.
Mais les déclarations de l’initiateur CGT du projet à un journal laissent perplexe : « Le but pourrait être de créer une scop durant quelques années et d’essayer de retrouver un repreneur par la suite. » Cela signifie demander aux salariés de sauver l’entreprise pour ensuite en faire cadeau à des capitalistes du même acabit que ceux qui les ont mis en difficulté.
D’autre part, l’arrivée comme un cheveu dans la soupe du « saigneur » Dassault, tel le sauveur habillé de blanc, qui propose de soulager la part des salariés en prenant en charge un mois de salaire brut de telle sorte qu’ils n’auraient plus « qu’a apporter » un demi-mois de salaire brut, n’inspire pas du tout confiance et fait craindre le pire.
Si les salariés ne prennent pas en charge leurs affaires eux-mêmes et laissent entrer le loup dans la bergerie, gageons qu’ils seront les dindons de la farce qui est actuellement en train de se mettre en place. Certes, l’effort financier qui leur est demandé risque d’en décourager et d’en écarter plus d’un, vu les temps de crise qui courent, mais ceux qui s’investiront dans le projet risquent fort de se retrouver à poil dans quelque temps.
Malgré tout ceci, le dossier présenté le 14 novembre n’a pas obtenu l’aval du tribunal, sous prétexte que l’offre de rachat présentée par les syndicats est trop basse. Deux cents mille euros, c’est ce qu’ils avaient proposé, pour les machines et les 3,5 hectares de terrain. Le tribunal, ainsi que l’AGS (régime de garantie des salaires, à qui les salariés doivent également rembourser leurs congés de cette année), estiment les terrains de l’imprimerie à 8,9 millions d’euros, ce qui est le prix d’un terrain immobilier et pas industriel. Somme évidemment impossible à réunir pour les salariés. Le tribunal leur a donc donné deux mois de plus pour présenter un nouveau projet à la hausse.
Le plus étonnant dans cette affaire c’est que l’imprimerie n’est pas déficitaire et tourne plutôt bien. Elle est sacrifiée uniquement pour rembourser les déficits de la maison mère Circle Printers.
C’est révoltant de savoir que les travailleurs vont devoir se saigner à blanc pour « racheter » un outil de travail qui devrait de toute façon leur appartenir de droit.
Jean Louis, groupe Gaston-Leval de la Fédération anarchiste
1. Voir Le Monde libertaire n° 1649.
Une partie des salariés qui ont proposé de reprendre l’imprimerie en société coopérative et participative (Scop), a réussi à obtenir le 26 octobre un délai auprès du tribunal de commerce, afin de préparer un dossier de reprise.
Un projet complet et réaliste a été rédigé en un temps record avec l’aide de l’union régionale des Scop. La volonté des salariés, dont la plupart sont présents dans l’entreprise depuis plus de vingt ans, de mener ce projet jusqu’au bout est réelle. En effet, l’effort financier qui est demandé à chaque futur membre de la Scop n’est pas anodin. La prime de licenciement que ceux-ci devaient toucher en cas de cessation d’activité doit être réinvestie dans la scop, et surtout chaque salarié doit apporter un mois et demi de salaire brut en complément, le reste du capital étant apporté par divers prêts de la région.
Mais les déclarations de l’initiateur CGT du projet à un journal laissent perplexe : « Le but pourrait être de créer une scop durant quelques années et d’essayer de retrouver un repreneur par la suite. » Cela signifie demander aux salariés de sauver l’entreprise pour ensuite en faire cadeau à des capitalistes du même acabit que ceux qui les ont mis en difficulté.
D’autre part, l’arrivée comme un cheveu dans la soupe du « saigneur » Dassault, tel le sauveur habillé de blanc, qui propose de soulager la part des salariés en prenant en charge un mois de salaire brut de telle sorte qu’ils n’auraient plus « qu’a apporter » un demi-mois de salaire brut, n’inspire pas du tout confiance et fait craindre le pire.
Si les salariés ne prennent pas en charge leurs affaires eux-mêmes et laissent entrer le loup dans la bergerie, gageons qu’ils seront les dindons de la farce qui est actuellement en train de se mettre en place. Certes, l’effort financier qui leur est demandé risque d’en décourager et d’en écarter plus d’un, vu les temps de crise qui courent, mais ceux qui s’investiront dans le projet risquent fort de se retrouver à poil dans quelque temps.
Malgré tout ceci, le dossier présenté le 14 novembre n’a pas obtenu l’aval du tribunal, sous prétexte que l’offre de rachat présentée par les syndicats est trop basse. Deux cents mille euros, c’est ce qu’ils avaient proposé, pour les machines et les 3,5 hectares de terrain. Le tribunal, ainsi que l’AGS (régime de garantie des salaires, à qui les salariés doivent également rembourser leurs congés de cette année), estiment les terrains de l’imprimerie à 8,9 millions d’euros, ce qui est le prix d’un terrain immobilier et pas industriel. Somme évidemment impossible à réunir pour les salariés. Le tribunal leur a donc donné deux mois de plus pour présenter un nouveau projet à la hausse.
Le plus étonnant dans cette affaire c’est que l’imprimerie n’est pas déficitaire et tourne plutôt bien. Elle est sacrifiée uniquement pour rembourser les déficits de la maison mère Circle Printers.
C’est révoltant de savoir que les travailleurs vont devoir se saigner à blanc pour « racheter » un outil de travail qui devrait de toute façon leur appartenir de droit.
Jean Louis, groupe Gaston-Leval de la Fédération anarchiste
1. Voir Le Monde libertaire n° 1649.
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