Mardi, 7 Février 2012

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Critiques et perspectives

L’esclave des esclaves

La décision est tombée : la dernière usine de fabrication de lingerie féminine en France risque fort de fermer. Chez Lejaby, 255 licenciements sont en cours, concernant presque exclusivement des femmes. Le propriétaire autrichien Palmers voulait fermer ce dernier site pour le délocaliser en Tunisie, où la main- d’œuvre est beaucoup moins chère. C’est un fait, cela étant, comme le dit Janine Caillot déléguée CGT : « Qu’on arrête de nous parler de baisser le coût du travail ! Je gagne 1 180 euros par mois avec 35 ans d’ancienneté 1. » Mais rien n’y fait, même les défilés à travers Yssingeaux où est située l’usine, derrière des banderoles constituées de sous-vêtements féminins rouges et noirs du plus bel effet. Ni même le défilé beaucoup moins glamour des politiciens de droite et de gauche qui a des relents d’enfumage préélectoral. La décision du tribunal de commerce de Lyon condamne à la fermeture la dernière usine de production de Lejaby en France. Xavier Bertrand déclare au même moment : « Il n’y aura pas d’amélioration immédiate sur le front de l’emploi dans les mois qui viennent. Chacun le sait bien. Pour le moment il faut éviter que le chômage explose 2. » Pour le moment ? Il veut sans doute dire jusqu’aux prochaines élections.Le fricUne usine de plus qui ferme et des ouvrières, des femmes qui vont encore un peu plus toucher du doigt la différence de traitement entre elles et les hommes. D’une manière générale ce sont elles les plus frappées par les licenciements et, quand elles seront en âge de prendre leur retraite, beaucoup d’entre elles constateront que le montant de leur pension sera environ de 40 % plus faible que celui des hommes. Pourquoi ? En moyenne les salaires des femmes équivalent à 80 % des salaires des hommes. Les hommes ont les carrières les plus complètes et les emplois les plus qualifiés. En France, si la moitié des salariés sont des femmes, les écarts salariaux en faveur des hommes sont de 24 % dans le privé et de 17 % dans le public (pour des postes équivalents bien entendu) 3. Les femmes occupent ¾ des emplois à temps partiel. Il n’est donc pas étonnant qu’à l’arrivée (la retraite) les pensions des unes soient beaucoup plus faibles que celles des autres. Ajoutons que 90 % des hommes travaillent à temps plein quel que soit...
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La Hongrie menacée par les bottes fascistes

Jusqu’en 2010 en Hongrie, le gouvernement était issu de l’union de la gauche et d’un parti libéral. Il était emmené par le ministre-président de gauche Ferenc Gyurcsány, issu du parti socialiste. Ce gouvernement avait, de fait, mené une politique très libérale et un plan de rigueur drastique, suscitant la colère populaire. Gyurcsány avait même dû démissionner en 2009 après avoir confessé qu’il avait menti au peuple dix-huit mois durant…La droite, alliée à l’extrême-droite, a surfé sur le mouvement de contestation en provoquant des manifestations violentes. Et en adoptant un discours pseudo « antilibéral », mettant en avant ses petites recettes « protectionnistes » et xénophobes.Résultat : aux élections législatives de 2010 le Fidesz (droite nationaliste, protectionniste et conservatrice), emmené par Viktor Orbán, prend le pouvoir grâce à l’alliance avec le Jobbik (d’extrême droite, connu pour ses positions répugnantes et ses milices) et aux curetons réacs du KDNP chrétien-démocrate. Y compris à Budapest où, pour la première fois, est élu un maire conservateur…Ayant les bras libres avec une majorité très large à l’assemblée, le Fidesz a dès lors imposé une politique antisociale. Notamment avec une réforme de la constitution (qui vient d’entrer en vigueur), et quasiment impossible à réformer par des voies politiciennes. Au programme, la Hongrie n’est plus mentionnée comme « République » mais seulement comme « Hongrie » ; références claires à une nationalité ethnique (droit de vote aux habitants étrangers « hongrois d’origine », les médiateurs des minorités ethniques sont quasiment supprimés) et aux racines chrétiennes (subventions aux 14 seules communautés religieuses bien « conformes » au pouvoir en place, contre 300 auparavant, ce qui n’était pas mieux mais démontre le caractère xénophobe du pouvoir actuel) ; remise en cause du droit à l’IVG et interdiction du mariage homosexuel ; contrôle et censure des médias, des journalistes licenciés et liberté de la presse bafouée ; soumission de la justice au pouvoir ; les protections déjà minces sur les données personnelles sautent ; allongement des mandats politiques vers une véritable autocratie, sans parler de la criminalisation des partis d’opposition avec une proposition de loi pour s’emparer de leurs biens et juger leurs leaders… pour collaboration sous l’époque communiste !Orbán a par ailleurs institué les « travaux d’intérêt général » obligatoires, dans ce que ce que certains qualifient de « camps de travail », visant notamment les Rroms. À cette occasion, il a proposé que les policiers...
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Pédagogies alternatives et syndicalismes d’émancipation : stage de formation syndicale

Si le problème du manque de moyens (financiers, en effectifs, etc.) est primordial pour aborder la question de l’éducation, il est tout autant nécessaire (et urgent) de réfléchir en profondeur à un véritable projet éducatif, connecté de manière cohérente avec un projet de société.Avoir la conviction qu’il est nécessaire de changer l’école pour changer la société, et de changer la société pour changer l’école.Dans cette optique, ces deux jours de stage seront l’occasion d’échanger, en présence d’intervenants issus, entre autres, de Sud Éducation, de l’Institut coopératif de l’École moderne, de l’Association française pour la lecture, de la revue N’Autre École.Les thématiques seront les suivantes :– Vers une pédagogie socialement critique, en présence de Grégory Chambat, auteur de Pédagogie et Révolution, et membre du comité de rédaction de la revue N’autre École.– L’École de Jules Ferry selon Jean Foucambert.– Des expériences pédagogiques révolutionnaires : Ferrer, Freinet, la révolution espagnole, etc.– Histoire du syndicalisme enseignant.– ICEM, AFL, GFEN : des alternatives pédagogiques.– L’Autogestion, expérimentations.– Des outils pédagogiques émancipateurs : la pédagogie institutionnelle, ELSA (logiciel conçu par l’AFL), etc.– Le système éducatif en France : un vecteur des valeurs capitalistes : comment résister ?Venez nombreux !Point pratique :Jeudi 9 février : salle Eugène-PottierVendredi 10 février : salle Jean-JaurèsÀ la Bourse du Travail de Paris, 3, rue du Château d’Eau, métro République.La formation syndicaleChaque fonctionnaire ou agent non-titulaire, syndiqué ou non syndiqué, peut bénéficier de 12 jours de formation syndicale par an, fractionnables à volonté (une journée minimum). La demande doit être effectuée au plus tard un mois avant le stage, par la voie hiérarchique auprès de l’autorité compétente (recteur, inspecteur d’académie, etc.).À défaut de réponse expresse au plus tard le quinzième jour qui précède le stage, le congé pour formation est considéré comme accordé.Les décisions exceptionnelles qui le refuseraient doivent être motivées par les nécessités de fonctionnement de service et communiquées avec le motif à la commission administratives paritaire qui suit. L’administration peut demander, après le stage, une attestation émanant de l’institut de formation.Elle ne peut exiger ni convocation ou autre document, ni d’information sur l’objet de ce stage. Pour s’inscrire il faut s’adresser au chef d’établissement dans le secondaire, ou à l’inspecteur d’académie dans le primaire, une demande écrite selon le modèle suivant au moins un mois avant la date du stage. En cas de...
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Presse de mal en pis

Ça branle dans le manche à Presstalis ! Depuis la grande grève des commis NMPP en décembre 2010 qui se solde par de nombreux départs en retraite anticipée pour les salariés, Presstalis (SPPS pour la distribution de la presse en région parisienne) s’est considérablement restructuré, en pire bien entendu : un seul dépôt à Bobigny, une augmentation de la sous-traitance au niveau des porteurs (livreurs), payés au lance-pierre et réduits à être de vrais bagnards du portage (horaires compressés et cadences de dingues) en sous-effectifs, avec aussi l’apparition d’un nouveau sous-traitant pour livrer une partie des mensuels (Géodis). Depuis des années les plans de restructuration se sont succédé. Un test grandeur nature doit avoir lieu ce mois-ci : il s’agit de faire distribuer la presse quotidienne nationale en province par un groupement de quotidiens régionaux. Une étude menée par treize quotidiens régionaux sur 69 départements (représentant 400 millions d’exemplaires par an), et se proposant de diffuser 80 % des volumes fournis par les quotidiens nationaux, aboutit à un coût s’établissant entre 49 et 53 millions d’euros – hors subvention – et ces chiffres n’incluent pas les coûts liés à la mise en œuvre initiale de ce dispositif s’il était retenu. Mais le problème des cadres (plus ou moins en sur-effectifs eux !) n’a pas été résolu. Presstalis ressemble un peu à une armée mexicaine : une pléthore de généraux et de colonels et peu de soldats. Les dits cadres du « service de qualité » traînent les pieds et pratiquent concrètement une espèce de grève du zèle en ne traitant les dossiers de litiges entre les diffuseurs et l’entreprise qu’au compte-gouttes, en ne répondant pas au téléphone etc. Ce qui exaspère au plus haut point les diffuseurs de presse (kiosques et petites librairies) que cette situation rend exsangues… Il y a bien longtemps qu’ils n’ont plus de trésorerie et vivent au jour le jour. Leurs ventes baissent de plus en plus chaque jour (alors qu’ils sont commissionnaires).C’est un constat, la presse papier se vend de moins en moins ! En 2010 les quotidiens ont vu diminuer leurs ventes de près de 8 % et les magazines de près de 5 %, pendant que le réseau perdait 455 points de vente. Les acheteurs de presse papier font partie d’une tranche d’âge vieillissante, et les jeunes clients potentiels vont plus volontiers sur internet. En général la population des travailleurs qui vont au chagrin ramassent par terre l’information formatée...
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TMB 51 : usagers des transports en grève (Barcelone, la belle rebelle)

À Barcelone c’est reparti comme en 1951. L’histoire ne se répète peut-être pas, mais elle bégaie fortement. Cette année-là, une hausse de 40 % du prix des tramways avait déclenché la première grande grève sous la dictature de Franco. Affiches et tracts étaient réapparus, invitant la population barcelonaise à boycotter les transports en commun de cette façon : « Sois un bon citoyen, montre ton courage, rends-toi à pied à ton travail. » Appel immédiatement suivi : les transports publics perdirent immédiatement 97 % de leurs usagers, la grève/boycott dura deux semaines et donna lieu à de durs affrontements avec la Garde civile, qui firent de nombreux morts. Ce fut également l’occasion de voir réapparaître au grand jour les organisations antifascistes (dont la CNT) ; devant l’ampleur de ce mouvement, les autorités annulèrent purement et simplement l’augmentation de prix. Dans la foulée Josep María Albert i Despujol (alors maire de Barcelone) et Eduardo Baeza y Alegría (gouverneur civil) furent destitués ; c’est qu’entre-temps ce mouvement avait débouché sur d’autres grèves dans différents secteurs (notamment dans la métallurgie) et dans d’autres régions d’Espagne.Aujourd’hui rebelote. La TMB-ATM 1 applique une augmentation de 38 % du prix du ticket de métro (ce qui en fera le plus cher d’Europe). Cela dans un contexte de crise (toujours la crise !) et s’ajoutant aux nombreuse coupes budgétaires réalisées ou annoncées en Espagne. Aussitôt un mouvement de protestation et de refus de cette augmentation est né par le biais des réseaux sociaux, et s’est donné le nom de TMB-51 en référence explicite à la grève de 1951. Comme quoi on peut être indigné, avoir de la mémoire ou connaître l’histoire sociale de son pays.TMB-51 précise, comme le mouvement 15 M 2 dont il est en grande partie issu, qu’il s’agit d’une initiative de citoyens agissant de manière individuelle, indépendamment des partis ou syndicats, même si certains d’entre eux peuvent être membres d’un parti, d’un syndicat ou d’une association. Mais par-dessus tout TMB-51 se revendique ouvertement de la grève des usagers des transports publics de 1951.Une première journée d’action a eu lieu le 10 janvier, une autre était prévue le 17 janvier mieux coordonnée : pour le moment TMB-51 est structurée en une trentaine d’assemblées de quartiers et d’indignés. La proposition d’action consiste donc à boycotter les transports en commun ; pour cela le collectif a eu le souci du détail en fournissant quelques indications et...
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Olibrius Humanun Est : selon Duncan McDougall, de quoi l’âme est-elle le nom ?

L’âme est une entité bien utile pour les pensées despotiques, en d’autres termes, les théologies. On stipule, et souvent on impose, l’idée qu’il y a le corps et l’âme : le corps qui est agi et l’âme qui agit, le corps qui est instinct et l’âme qui est une destinée, le corps qui ressent et l’âme qui pense, le corps qui singe et l’âme qui s’ingénie, le corps qui nous animalise et l’âme qui nous théologise, le corps qui se dégrade et l’âme immortelle.Ce dualisme épuisant – car immarcessible – pour le penseur matérialiste, en d’autres termes, antispiritualiste, n’est pas qu’une vieille lune devenue insipide avec l’avènement des sciences biologiques et des neurosciences modernes ; il surgit et resurgit avec ténacité, aussi bien dans les propos les plus quotidiens que dans nombre de conceptions savantes. Les exemples sont pléthores. Pour l’anecdote, mais pas seulement, le SOS salutaire des marins signifie Save Our Souls : «Sauvez nos âmes» ! 1 Le prédicateur de quelque culte que ce soit réprime les corps et ne s’intéresse qu’aux âmes et à leur salut. Une grande partie de la psychologie préscientifique ou antiscientifique (comme la psychanalyse jungienne, par exemple), pourtant encore très présente, a pour élément de doctrine le dualisme de l’âme et du corps.Comme une âme en peineComme toute idée suprême – en ce qu’elle est cruciale pour savoir de quoi le monde est fait et pour s’assurer d’un pouvoir sur ses habitants, pas nécessairement en ce qu’elle serait vouée à la vérité –, la notion d’âme fut défendue de maintes manières. Par la parole sacrée et indiscutable des Églises, par la seule force oppressive de la foi, ou encore par la sophistication de philosophes on ne peut plus sérieux (Descartes par exemple). Il y eut aussi les « démonstrateurs » de la réalité de l’âme qui entrèrent dans l’histoire par la petite porte du ridicule achevé… Duncan McDougall, médecin américain portant un nom à la Highlander (personnage de fiction immortel, écossais, qui renforce son pouvoir de vie en décapitant d’autres immortels), fut l’un d’eux. En 1907, dans les revues American Medicine et Journal of the American Society for Psychical Research, il publia des articles sur « l’hypothèse concernant la substance de l’âme et les preuves expérimentales de l’existence d’une telle substance », dans lesquels il prétendait avoir déterminé la masse de l’âme, et que cette dernière...
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Décroissance : à propos de limites

Dans l’univers artificiel du capitalisme et de la technoscience, fondés sur les outrances, les excès, la démesure, le gigantisme, la surenchère, nous sommes sans cesse conviés à repousser nos limites physiques, intellectuelles, professionnelles et sociales. La notion même de limite est devenue impensable.Véritable déchet culturel, avec ses messages souvent manipulateurs, ses superlatifs (hyper, méga…), la publicité a pour principale fonction de diffuser l’idéologie dominante. En tentant de nous persuader que le superflu nous est absolument nécessaire, la publicité excite sans répit le désir et favorise l’achat impulsif (un logement contient aujourd’hui 10 000 objets contre quelques centaines au XIXe siècle !). Les diktats de la mode, alliant compétition et marchandise, imposent l’idéal du corps « parfait » et de l’éternelle jeunesse – un corps soumis à des techniques toujours plus exigeantes et normatives, un corps sportif « travaillé », médicalisé, aseptisé, drogué, robotisé. La communication publicitaire véhicule non seulement la domination, la puissance, l’agressivité, mais l’idée d’infini et d’éternité. En parallèle, l’« illimité » est devenu un argument marketing incontournable pour les opérateurs du mobile. Même la sexualité est assujettie à une obligation de résultats. Le dépassement de soi crée ainsi une illusion de toute-puissance. Principe de maximisation de l’existence, usage intensif de signes, d’objets, exploitation systématique de toutes les virtualités de jouissance. Il est interdit de ne pas céder constamment à ses désirs. Oubliant seulement que lorsqu’un individu est incapable de se donner des limites, d’intérioriser les interdits que suppose toute vie collective, il va nécessairement les chercher dans le réel (conduites à risque, toxicomanie, suicide).Flattant la France qui se lève tôt, le monde de ceux qui gagnent, la classe dirigeante nous somme de relever tel ou tel défi, de travailler plus pour gagner plus, d’améliorer constamment l’excellence dans tous les domaines, de parvenir au « top niveau » pour battre la concurrence, prendre des marchés, s’offrir tous les signes de la réussite sociale. Obligation d’être fort, impossibilité de perdre, peur d’être un homme « fini », jusqu’à se consumer dans l’obsession du succès.Les banques incitent à cumuler les emprunts, avec les effets dramatiques du surendettement. Les officines de crédit à la consommation prospèrent sur le dos des pauvres, avec des poursuites en justice lourdes de conséquences. Or à travers le processus d’expansion capitaliste que constitue le crédit, la croissance ne devient pas seulement possible, elle est impérative.La consommation effrénée est élevée au rang de devoir...
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Charlie Hebdo a le feu au derrière

Voilà bien longtemps que je n’avais pas acheté ce journal. L’affaire du débarquement de Siné m’avait un peu décidé à comment dire ? Couper le cordon ! M’avait aussi laissé un goût amer. On n’abandonne pas si facilement le journal de vos vingt ans, un journal qui fait rire, qui fait rien qu’à se moquer, qui met son cul à la fenêtre, qui ne prend pas, comme on dit, la raie de ses fesses pour le méridien de Greenwich. Un journal dont plein de dessinateurs et de rédacteurs sont venus causer dans les micros de Radio libertaire. Et puis voilà qu’au nom du sacro-saint droit au blasphème, pour de rire, pour la déconne, pour faire un peu grincer des dents, pour un peu entretenir son esprit libertaire qu’il abandonnait parfois, mais dont il reste toujours quelque chose, voilà donc qu’une fois encore il publie un dessin, et peut-être même plusieurs, représentant Mahomet. Je ne l’ai pas acheté. Pas trouvé. N’as pu. Le crime absolu donc. Représenter le prophète, je te raconte pas. Mais les sombres crétins qui ont mis le feu à la rédaction, eux non plus ne l’ont pas lu, ça n’était pas encore dans les kiosques à cette heure-là. Ça n’a jamais dû leur arriver de le lire d’ailleurs, ni même de lire autre chose. Faire crâmer un journal qu’on n’a pas lu ! Trop cons, trop nuls, trop avachis, trop avariés, ces gens-là puent des pieds, sentent le dessous-bras pas frais. Ces gens sont des nazillons, ne méritent rien d’autre que le mépris et le mollard dans la gueule.Je ne gloserais pas sur la défense de la liberté d’expression, mais est-t-il vraiment besoin de le faire dans Le Monde libertaire ? Plein d’autres l’ont fait aussi bien que moi, même mieux si ça se trouve. Et puis des gros, des Marine Le Pen, des Claude Guéant, des Christine Boutin. Ouais : allez le droit de se faire traîner dans la merde revendiqué par toutes ces bouches en cul de poule, qui n’ont que la démocratie à la bouche ! Le bonheur, si ce n’était pas si tragique ! Obligés de dire du bien de ce qu’ils détestent. Pas mal.On a donc voulu faire brûler un journal. Un autodafé ça s’appelle. Soyons un peu politiquement incorrect : on commence par faire brûler un journal et on finit par brûler des juifs. C’est inacceptab’, condamnab’, intolérab’, c’est tout ça....
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Maudite soit la guerre et vive les mutins

Maudite soit la guerre. C’est ce que l’on peut lire sur le monument aux morts de Gentioux (Creuse) devant lequel se rassemblent chaque année anarchistes, antimilitaristes, pacifistes et autres empêcheurs de massacrer en rond. Un autre 11 novembre est donc passé. Par définition il revient tous les ans ; ça fait un bail depuis 1918. Tellement longtemps qu’il n’y a désormais plus un seul survivant de cette guerre. Pardon, de cette « Grande Guerre ». Grande, elle l’a été assurément, par le nombre de nations impliquées, mais surtout par le nombre de victimes : huit millions de morts et des millions de mutilés et d’invalides.Le dernier jour de cette boucherie mondiale, bien que sachant que l’armistice allait être signé, des généraux ordonnèrent quand même des actions militaires qui firent 11 000 tués et blessés. Parmi ces officiers jusqu’au-boutistes, le général Wright commandant la 89e division américaine entreprit de reprendre un village afin que ses hommes puissent y faire un brin de toilette. (Toujours être propre sur soi pour les grands événements). Résultat des courses : encore 300 tués à son palmarès. Qu’on se rassure, ces généraux commandant toutes ces opérations s’en sont sortis indemnes, eux. Il faut dire qu’à part Alexandre le Grand qui combattait en première ligne à la tête de ses troupes, les commandants d’armée ont tendance depuis l’Antiquité à rester à l’arrière et ont plutôt pris l’habitude de mourir dans leur lit. « Armons-nous et partez » est toujours de mise chez ces gens-là.L’Histoire étant souvent parsemée de détails pour le moins saugrenus, on notera que le dernier « poilu » (mort en mars 2008) répondant au nom de Lazare Ponticelli, était, comme son nom le laisse deviner, un immigré qui obtint la nationalité française en… 1939. Quant à Louis de Cazenave, avant-dernier poilu décédé (en janvier 2008), que les autorités s’acharnaient à vouloir récompenser, ce qu’il avait vécu en 14-18 l’avait irrémédiablement transformé en pacifiste : « Les médailles ? Certains de mes camarades n’ont même pas eu le droit à une croix de bois ! »Et il avait bougrement raison. Cette « Grande Guerre » n’avait rien d’un combat idéologique, mais plutôt d’un conflit d’intérêts, chacun des belligérants voulant redessiner les frontières en sa faveur. Comme le disait Carl von Clausewitz (ce stratège cher au cœur des situationnistes) : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » En conséquence de quoi l’Allemagne vaincue...
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ETA : l’adieu aux armes !

Précisons les choses, je ne suis ni de l’ETA ni de ses compagnons de route. Pour plein de raisons que j’ai déjà énoncé et que je reénoncerais. Pour autant, comme Bakounine, je suis partisan du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et, donc, du droit du peuple basque à disposer de lui-même. Tout en ne voyant pas l’intérêt de remplacer un patron ceci, un flic ceci ou un militaire cela par les mêmes estampillés ceci ou cela.Les hasards de la vie m’ont simplement amené à rencontrer, et à aimer, des gens de l’ETA. Les parents d’un petit basque que, pendant trois ans, nous avons scolarisé (à l’école libertaire Bonaventure) et hébergé (chez nous). Pour faire court, il est devenu notre fils adoptif et, depuis sept ans, nous l’éduquons, conjointement avec ses parents qui en ont pris pour vingt ans. Et c’est dur ! Très dur. Vous ne pouvez même pas imaginer. Une fois de plus ce môme fait 2 000 bornes (aller et retour) pour voir ses parents. Et, une fois de plus on lui annonce (il comprend le français, grâce à nous) que, nenni, ses vieux sont au mitard ou ont été transférés vers… La moitié de cela et tu hurles à la mort. Nous ne cessons de hurler à la mort et de harceler les grands, moyens et petits chefs de la matonerie. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ils en ont marre de Thyde. Parce que ma fiancée d’amour, c’est pas la moitié d’une chieuse, et c’est bien pourquoi je l’aime.Simplement pour cela, nous nous réjouissons que l’ETA (Euskadi to askatasuna) mette les pouces par rapport à la violence et à la lutte armée. Depuis déjà un certain nombre d’années, ça n’avait tout simplement plus de sens. Trois frondes contre des milliers de missiles Tomahaks. Aucune base arrière. Huit cent militants en tôle. À un moment, il faut arrêter de se la jouer ou se la rejouer comme, en 1939, la charge de la cavalerie polonaise contre les Panzers nazis qui faisaient du tir aux pigeons. Surtout à l’heure où la mouvance indépendantiste basque vient de remporter un succès électoral écrasant en Guipuskoa. Le cœur du pays basque sud. San Sébastien, Bilbao.L’ETA a vu le jour en 1959. Franco la muerte était toujours en place. Le pays basque était, alors, véritablement colonisé et nié en tant que peuple. Son combat était, donc, légitime....
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Procès-comédie pour une récup’

Deux personnes passaient cette semaine en procès pour de la « récup » dans la poubelle d’un Spar de Saint-Benoît (sans plainte du proprio). Pour l’occasion et en solidarité, un rassemblement-tractage d’une trentaine de personnes devant le palais de justice. Ainsi qu’un marché gratuit sur un étal, toujours bien en face du TGI, avec des fruits et légumes récupérés la veille au marché des Couronneries.On aura rarement vu spectacle aussi grotesque au tribunal – et pourtant, fichtre, on a l’habitude. Pas moins d’une heure et quart à discuter autour du fait que deux personnes se soient servi dans une poubelle pour récupérer des produits alimentaires périmés ! Le tout transformé en « vol en réunion avec effraction et ruse » – prière de ne pas rire (ça ne plaît pas trop au juge).On comprend mieux le pourquoi d’un tel acharnement à l’écoute du réquisitoire de la procureure : n’ayant aucune preuve sous la main – puisqu’il n’y a rien dans ce dossier – les trois quarts de ses propos ont tourné autour du fait que ces deux personnes soient des militants. Elle a ainsi parlé un bon moment du tract pour l’occasion. À aucun moment la preuve d’un vol n’est établie, on fait donc avec ce qu’on peut : la proc parle du casier militant des deux personnes, leur reproche de n’avoir rien dit en garde à vue, etc.On culmine dans le cocasse à l’écoute de la peine finalement requise : huit mois de prison, dont deux fermes, pour chaque prévenu ! Prière de ne pas s’esclaffer ni d’applaudir cette prestation : le juge rouspète à ce qu’il nomme une manifestation d’un « fan-club » et menace d’interrompre la séance si ça se reproduit encore.L’avocate des deux inculpées prend la parole. Elle trouve « extraordinaire » le fait qu’on leur reproche d’exercer leur droit au silence en garde à vue, qu’on parle de militantisme pour cet acte si cruellement banal, pour ces deux personnes qui survivent avec peu de ressources, comme pour tant d’autres. Elle démontre ensuite que le « vol » n’est constitué ni matériellement ni moralement, et encore moins « l’effraction » dont on ne trouve aucune trace. Que même s’il y avait eu entrée dans le local, cela ne pourrait pas constituer une infraction puisque la jurisprudence considère que la nourriture périmée abandonnée dans une poubelle n’est ni une « propriété » ni une «...
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Trois ans derrière des murs pour une simple gifle

Les Cévennes sont de basses montagnes couvertes de pins et de châtaigniers, où aucune agriculture industrielle n’est possible. Le cultivateur tend à y disparaître, remplacé par le bobo du Nord. Les éleveurs de chèvres continuent à y faire du pélardon. Ceux de brebis envoient le lait à Roquefort, et abattent les bêtes au moment de l’Aïd, pour les travailleurs marocains.C’est ainsi que vivait Alain, berger d’un troupeau d’une soixantaine de moutons. Il n’était pas exactement de Malons (sa commune d’adoption), puisqu’il était de la DDASS, mais s’y était installé il y a quatorze ans. Il ne buvait pas, ne fumait pas (à part quelques joints quotidiens d’herbe locale) et, quand il redescendait au village, menait une vie rangée, entre sa compagne et leur petite fille.On a beau vivre dans la nature, il arrive qu’on aille à l’hôpital. C’est ce qui arriva un jour à Alain, heureusement pas longtemps, rien de grave.À son retour, il n’avait plus de troupeau. Tous les moutons avaient été abattus, à la demande du maire, parce qu’ils étaient sans surveillance et menaçaient d’aller brouter l’herbe d’autrui.On ne discutera pas la décision du maire. Peut-être agit-il sagement, en l’occurrence. Mais certainement pas amicalement. Il aurait pu au moins prévenir.Alors que là, la surprise fut totale. Et l’exaspération aussi. Alain alla trouver le maire et, d’un propos discourtois à l’autre, d’un nom d’oiseau à celui d’autres animaux plus ou moins sympathiques, le ton monta. Si bien que le berger finit par allonger une paire de gifles au premier magistrat de la commune.On a toujours tort de s’énerver. Le maire porta plainte, et Alain, à peine sorti de l’hosto, se retrouva en taule.Son avocat n’avait pas inventé l’eau tiède. Au tribunal correctionnel d’Alès, il plaida le nervosisme de l’accusé, si bien que le juge, convaincu d’avoir affaire à un énervé de naissance, ordonna l’hospitalisation d’office (HO) dans un établissement ad hoc.Alain se retrouva donc, après dix-huit mois de préventive, au quartier pénitentiaire de l’HP Carrairon, à Uzès, où il eut tout le loisir de regretter la quiétude des maisons d’arrêt, entouré qu’il était de quelques psychopathes particulièrement inquiétants.Heureusement, personne, parmi les personnels de cet établissement, ne consentit à le reconnaître fada.Le juge des libertés fut saisi et, se conformant à l’avis des experts, prononça l’élargissement d’Alain. C’était un vendredi. Le parquet fit aussitôt appel, lequel fut dans la foulée...
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