Samedi, 2 Juin 2012

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Aperçu :

La contre-culture : pratiques et expériences dans la lutte anticapitaliste

« Les choses gratuites sont celles qui coûtent le plus. Comment cela ? Elles coûtent l’effort de comprendre qu’elles sont gratuites. »
Cesare Pavese
C’est à la fin des années 1970 qu’apparaît la contre-culture Punk, autodestructrice et malgré tout porteuse d’espoirs. En France, elle donnera naissance au « mouvement alternatif », qui rassemblera des centaines de groupes et d’activistes. À coups de larsen, de guitares acérées et de boites à rythmes obsessionnelles, ils réinventent un discours libertaire et radical, anticapitaliste par la pratique : concerts à prix libre ou gratuits, disques et fanzines souvent vendus à perte ou échangés, ouvertures de squats pour permettre l’organisation d’événements (concerts, expositions, locaux pour répétitions) ou tout simplement se loger, réappropriation de savoirs (imprimerie, sérigraphie, sonorisation, émissions de radio…) pour se doter de moyens de communication, listes de distros et infoshops pour diffuser les productions… Tout cela a posé les bases d’une expérience autogestionnaire historique et sans réelle coordination. Une fourmilière de collectifs informels, tous liés les uns aux autres par des idéaux communs, avec la volonté farouche de vivre libre, et tout de suite.
Vingt ans après la tentative de récupération du mouvement alternatif (par l’État et les majors-compagnies), celui-ci est loin d’être mort. On a même assisté, à la fin des années 1990, à une nécessaire radicalisation de la scène, faisant ainsi le ménage des opportunistes qui y subsistaient. En parallèle, de nouvelles pratiques sont apparues avec les nouvelles générations d’activistes : cinéma, littérature, photographie, graphisme, ouverture à d’autres courants musicaux (rap, techno, folk, etc.). Avec, toujours, la volonté de s’affranchir autant que possible des contraintes économiques et dépendre le moins possible d’intervenants extérieurs à la scène, fidèlement au précepte Do It Yourself des débuts.
Aujourd’hui, ce réseau informel fonctionne toujours autant, et dans un contexte où le marché de la musique s’effondre lentement mais sûrement, les groupes continuent de tourner à travers le pays, d’écouler entre 500 et 5 000 exemplaires de leurs disques, sans médiatisation (autre que les fanzines et les dernières radios associatives), et parfois en proposant en téléchargement libre 1 leurs créations. La scène Do It Yourself semble avoir de beaux jours devant elle, grâce à l’informatique qui nous a doté d’outils puissants (que ce soit pour enregistrer/graver un disque, écrire une brochure et la diffuser, retoucher/exposer des photos, monter/diffuser un film ou un clip, etc.), pour peu que l’on se donne la peine de conserver une réflexion politique permanente autour de son utilisation (et que l’on ne succombe pas à la première mode venue comme les réseaux Myspace, Facebook, etc., qui ne sont que des outils de flicage à grande échelle). L’outil permet alors de créer, de travailler de manière collective à des milliers de kilomètres de distance, d’échanger et de diffuser en évacuant toute dimension économique 2 (si ce n’est celle de l’équipement de base et de l’accès au réseau). La somme des possibilités qu’internet nous offre, en matière de contre-culture et d’alternatives, est à la hauteur de l’acharnement des gouvernements successifs à vouloir s’en assurer le contrôle.
Pour autant il paraît important de terminer sur ce qui fut un socle commun de toute cette contre-culture au cours des trente dernières années : les échanges humains dans la vraie vie, générateurs d’amitiés, d’affinités et de solidarités. Un point primordial à ne pas perdre de vue, l’ordinateur et internet restent des moyens qui permettent de sortir de la sphère marchande mais ne peuvent constituer une finalité d’existence alternative.

Paria


1. Voir les sites internet de groupes comme Bolchoi, Guarapita ou Calavera
2. Cela ne passe pas nécessairement par la gratuité (qui est devenue un argument marketing, prétexte à refourguer de la publicité et du contrôle social sous toutes les coutures) mais bien en ne cherchant pas à réaliser de bénéfices sur la diffusion d’une création (concept du non-profit).

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