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Aperçu :
Écoles en difficulté : casse gouvernementale de l’école publique
Déstructurer
Paradoxalement, c’est au nom de la lutte contre l’échec scolaire que les mesures de casse de l’école publique ont été prises. Avec ses 10 % d’illettrisme, ses jeunes qui sortent sans diplômes, ses résultats aux enquêtes internationales, le système éducatif français est à revoir. Il est foncièrement élitiste, compétitif, stressant. Tout le monde, notamment les enseignants, veut aider les élèves en difficulté. Aussi, quand le ministre a instauré les deux heures d’« aide personnalisée », des voix se sont élevées contre cet alourdissement de l’emploi du temps des élèves et contre leur stigmatisation. Elles pointaient les effets pervers d’une telle mesure et craignaient de voir disparaître les Réseaux d’aide aux élèves en difficulté (Rased). Ces postes sont occupés par des enseignants spécialisés.
Ces deux heures d’« aide personnalisée » sont assurées par les enseignants, avec leurs élèves qui présentent des difficultés passagères sur tel ou tel point du programme. Ce dispositif était censé s’ajouter à la prise en charge par les Rased des élèves en grande difficulté ou en difficulté persistante. Après la lutte des enseignants des Rased, après le refus des enseignants d’assurer ces deux heures ou leur aménagement différent pour répondre aux besoins des classes, la plupart des enseignants ont joué le jeu du ministère et accepté de mettre en place cette « aide personnalisée ». Ils y ont mis leur savoir-faire professionnel pour que ces heures, malgré toutes les critiques qu’on peut leur faire, soient tout de même bénéfiques aux élèves… et elles peuvent l’être dans certains cas. Oui mais !
Supprimer
Comme nous le redoutions, ces deux heures d’« aide personnalisée », une fois mises en place, se sont accompagnées de la disparition des postes de Rased. À Besançon, il n’y a tout simplement plus de formation d’enseignants spécialisés l’année prochaine. Fermer le robinet, puis fermer les postes ! La plupart des fermetures de postes se font dans les Rased et dans les zones d’éducation prioritaire, là où la difficulté scolaire est la plus importante. Mais ces fermetures de classes se font aussi en milieu rural, là où les Rased avaient déjà du mal à aller, là où les enseignants se retrouvent souvent isolés et où la misère sociale, culturelle, économique est tout aussi présente.
Ensuite, c’est une perversité du gouvernement que de faire croire qu’il entend lutter contre l’échec scolaire, comme si les enseignants n’avaient pas à cœur la réussite de tous les élèves ; comme si le fait d’ajouter deux heures à l’emploi du temps était la solution. Dans ce cas, les mouvements pédagogiques qui se battent et innovent depuis plus de cent ans auraient été vraiment idiots de ne pas y penser plus tôt.
Précariser
Les deux heures d’« aide personnalisée » se font en petits groupes. C’est cela qui plaît aux élèves et aux enseignants. Oui mais ! Les suppressions de postes se traduisent directement par des effectifs en hausse. Trente élèves, et plus, par classe, voilà qui va redevenir la norme. À cela s’ajoute la prise en charge des élèves en situation de handicap. Depuis 2005 et la loi d’intégration des enfants handicapés, les écoles accueillent de plus en plus d’élèves en situation difficile. L’Éducation nationale en profite, en même temps, pour fermer des classes, supprimer des postes, dans les structures d’éducation spécialisée. Ces élèves devraient être accompagnés par des aides à la vie scolaire (AVS). Ces précaires de l’Éducation nationale ne sont pas toujours en nombre suffisant. Ils coûtent « trop chers », 800 euros par mois, et sont donc progressivement transformés en EVS (emplois de vie scolaire) encore plus précaires et moins payés.
Casser
Cette précarisation agit comme une lame de fond. Précarisation des contrats, précarisation des conditions de travail, précarisation des conditions d’entrée dans le métier. À ce niveau, la réforme de la « formation » des enseignants est ahurissante. Les journaux se sont fait l’écho des difficultés rencontrées par les jeunes enseignants : trop de travail, pas assez de formation, peu ou pas d’aide, etc. Certains ont déprimé, démissionné, voire se sont suicidés. Pour ceux qui réussissent à tenir le coup, malgré une année de travail à temps complet dans des conditions difficiles, leur titularisation n’est pas certaine. L’Éducation nationale fabrique donc de futurs profs non titulaires qu’elle pourra embaucher au coup par coup sur des contrats précaires. Pour nous, c’est une exigence, les enseignants doivent tous être titularisés sans condition !
Résister
On voit bien que plusieurs fronts sont ouverts pour mettre en difficulté les écoles, c’est-à-dire les enseignants et les enfants. Les attaques contre l’école maternelle, associées à une politique de déréglementation des crèches, vont mettre les familles en difficulté. Les nouveaux programmes, les rythmes scolaires, etc., tout est bon pour entretenir un climat de suspicion contre les enseignants. Tout est bon pour casser ce qui reste du droit des travailleurs de l’éducation. Tout est bon pour en finir avec le service public d’éducation. Notre réponse doit donc être à la hauteur des enjeux. Les liens, les réseaux qui se tissent entre parents et enseignants contre les fermetures de classes doivent s’intensifier et s’ouvrir à d’autres sujets, à d’autres acteurs de la vie de l’enfant. C’est l’enfance qui est en danger.
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