Dimanche, 19 Mai 2013

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n°1645 (6-12 octobre 2011) | Éducation Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Guerre des classes : nouvelle guerre de la dualité scolaire

1645EducationGrosse colère
C’était le 27 septembre dernier, un enseignant sur deux était en grève. Des milliers dans les rues. Bien sûr, ce n’était qu’une journée d’action de plus, programmée depuis des mois par l’intersyndicale empêtrée dans sa volonté d’apparaître unie et déterminée à la veille des élections professionnelles et dans la nécessité d’offrir un moment d’expression au mécontentement général de toute la communauté éducative.
C’est peu de le dire, l’école est sacrifiée sur le banc des finances publiques. L’ensemble des mesures subies est sans égal depuis le début de l’investiture Sarkozy : 80 000 suppressions de postes, dont 14 000 programmées pour l’an prochain. Certes, la décision aveugle de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux est déterminante. Elle se traduit par la suppression des IUFM (institut de formation des maîtres), de 600 postes de Rased (enseignants spécialisés), de 800 postes d’intervenants en langues, et par 1 500 classes fermées, dont beaucoup sont des maternelles (la scolarisation des moins de 3 ans est passée de 36 % en l’an 2000 à 19 % aujourd’hui).
Mais cette économie de moyens revendiquée par le gouvernement ne doit pas cacher une attaque idéologique en règle contre l’école publique et ce qui lui restait d’humanité et de valeurs : l’accueil de tous les élèves et la volonté au moins affichée de résoudre les difficultés scolaires. Le mode de gestion est devenu managérial : évaluations généralisées, livrets de compétences, fichage des élèves, mise au pas des enseignants, précarisation des personnels, répression des désobéisseurs, etc.

Même le privé dans la rue !
Pour toute la presse, le fait marquant de ce jour de mobilisation a été la présence inhabituelle des enseignants du privé. Si eux ne sont pas contents, alors, il faut vraiment s’inquiéter !
Qu’en est-il des attaques contre le privé ? Alors qu’ils accueillent 16,9 % des élèves, les établissements du privé n’ont subi que 10 % des fermetures de classes. Ce qui représente un détournement de 747 postes. Il a été calculé que si le privé rendait les subventions qu’il touche, cela permettrait de créer 24 000 postes dans le secondaire public ! De plus, par méconnaissance de la loi ou par complaisance, de nombreux maires financent le privé de façon abusive. Par exemple, le forfait communal versé aux écoles privées sous contrat d’association ne concerne que l’école obligatoire (comme le rappelle une jurisprudence du Finistère du 21 juin 2010). Or, l’enseignement catholique a pris l’habitude de créer des établissements de la maternelle au lycée et, de ce fait, reçoit une dotation globale. La maternelle privée ne devrait pas être financée. Claude Barratier, qui anime le Collectif pour la défense de l’école publique de proximité à Chessy-les-Mines, a calculé que si on rétablissait la seule subvention au privé prévue par la loi, celle-ci baisserait de moitié. Voici de bonnes économies à réaliser !
Une autre injustice est la disparition d’options entières dans les lycées professionnels obligeant les parents dont les enfants veulent suivre certaines filières à les envoyer dans le privé. En Seine-Maritime, par exemple, les bacs pros logistique et sécurité-prévention ont disparu dans le public. Il existe un monopole du privé pour les BTS comme transport, assurances, communication et industrie graphique.
Alors, dans la rue, on comprendra que la solidarité a ses limites et doit s’arrêter là où la laïcité devrait être la règle : fonds publics à la seule école publique !
Tous ces petits arrangements font que le privé prospère au détriment du public qui est bien la seule entreprise à financer sa concurrence !
Détournement de fonds publics, inégalité de traitement, sans compter le bourrage de crâne et le tri des élèves, rien ne justifie l’existence de ce dualisme scolaire.
Si les anarchistes ne doivent pas se contenter des arguments des laïques en faveur de la stricte application de la loi Debré, la connaissance de ces détournements peut être utile mais n’est pas suffisante.
C’est la renationalisation sans concession ni rachat qu’il faut défendre. Et, au-delà de la défense de l’école publique, sa réappropriation par tous ses acteurs afin d’en faire un outil d’émancipation.
Rappel :

Depuis la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, les entorses à la laïcité se sont multipliées.
1918 : maintien du concordat, rétribution des ministres du Culte par l’État, enseignement religieux dans les écoles publiques.
1940-1941 : loi Vichy autorisant les congrégations catholiques à enseigner.
1951 : lois Marie-Barangé octroyant des bourses d’État aux élèves du privé.
1959 : loi Debré instituant des contrats simples (enseignants payés par l’État) ou d’association (subventions et contrôle des programmes).
1966 : loi d’orientation sur la formation professionnelle (convention école-entreprise).
1967 : Fouchet, création des IUT patronaux
1977 : loi Guermeur, spécificité religieuse pour les établissements (caractère propre).
2004 : loi Carles obligeant les maires à financer la scolarisation des enfants de leur commune dans une école privée voisine.
à cela, s’ajoutent les déclarations tonitruantes du chef de l’État montrant son choix entre le curé et l’instituteur, ainsi que sa présence remarquée aux offices religieux et les visites au pape…

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