Jeudi, 24 Avril 2014

Vous êtes ici : Expressions
n°1608 (14-20 octobre 2010) | Expressions Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

Pour créer un lien vers cet article sur votre site,
copier et coller le texte ci-dessous dans votre page.




Aperçu :

Ce n’est pas bientôt fini ?

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Il paraîtrait que, de long temps, les Roms étaient fichés par le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot et ses potes à chaussures à clous. Fichage en loucedé nous dit-on, à l’insu du plein gré de leurs supérieurs, qu’on nous dit. Les nudistes ayant levé le camp (comme les temps sont au rhabillage et aux corps cachés), les gendarmes et képis pas que de Saint-Tropez mènent désormais la chasse aux Roms. MENS n’est pas le nom d’un nouveau parfum pour Monsieur, mais celui du fichier en question : MENS, pour minorités ethniques non sédentarisées. Ce registre officieux aux connotations racialistes, la place Beauvau, évidemment, « n’en a pas connaissance ». On s’en serait douté. De là à pousser le bouchon de vinasse jusqu’à jurer ne jamais l’avoir utilisé, il y a un pas de l’oie que les galonnés refusent, bien entendu, d’exécuter. Or, le hasard a voulu qu’à quelques jours de distance étaient révélées l’existence et de ce fichier MENS, et du manuscrit de la loi portant statut des Juifs, manuscrit annoté de la main même de Pétain. Avec ses petits mots écrits au crayon dans les marges, langue tirée et s’appliquant bien sur les déliés et les pleins, Pétain a, euphémisme, durcit à outrance cette loi : « pas de juifs dans l’éducation », « pas de juifs dans la justice », … Quel rapport, dites-vous ? Quand les chefs se montrent à ce point zélés, il n’y a pas à s’étonner de voir leurs subalternes l’être autant, parfois plus encore. Ainsi le discours de Grenoble, associé à certaine circulaire relative aux Roms, a activé la haine de tous les petits maréchal des logis-chef, lesquels sont, en France, pléthore.
D’aucuns d’entre eux campent également devant les galeries, les musées. Puisque que l’époque, disions-nous, est aux corps cachés, on place désormais des flics à l’entrée d’une exposition interdite aux moins de 18 ans, et on interdit aux ados de voir les photographies dont ils sont pourtant le sujet. Certes, le travail de Larry Clark n’est pas exempt de quelques culs, quelques bites, seringues et flingues. Et alors ? Alors la mairie de Paris, une fois de plus très en pointe en matière de libre expression, a préféré ne pas prendre de risques « face aux possibilités de voir arriver des plaintes ou des réactions de catholiques intégristes ». Ainsi s’exprime Christophe Girard, chargé de la culture près le sinistre Delanoë et partisan indéfectible des très académiques Nuits blanches. Les artistes devraient donc maintenant craindre les intégristes ? Ce n’est bien sûr qu’un piteux prétexte, la vérité étant qu’autocensure, quand tu nous tiens, c’est souvent par les couilles.
Cependant, le manque de courage ne saurait être l’apanage de la seule mairie de Paris : rue de Solferino, cette faiblesse est la chose la mieux partagée. En pleine bataille sur les retraites on peut ainsi entendre Martine Aubry souffler : « Monsieur Fillon, c’est injuste ce que vous faites. » Quelle hargne, vraiment, quelle ténacité ! Sûr que Fillon en a pleuré. Surtout, Aubry précise : « L’exaspération qui monte dans ce pays, ce n’est pas sain. » Sic, et mordicus les gens si vous restez bien sages, on reviendra sur la réforme, dès que je serai élue à la magistrature suprême. En attendant rentrez chez vous, l’agitation ce n’est « pas sain ». Oui mais Strauss-Kahn, dans tout ça, Strauss-Kahn qui déclarait en mai que « si on vit jusqu’à 100 ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans » (et pourquoi pas, au fait ?), et puis les autres guignolos, rose à la main mais pour la forme, poing oublié au fond de la poche à pognon, on leur fait quoi, confiance ? Le plus étonnant, finalement, n’est pas tant de voir les socialos une fois de plus tenter de calmer la colère qui monte, le plus étonnant reste que pas plus de gens que ça ne saisisse l’occasion qui nous est donné de poser et creuser la seule question qui vaille : c’est pas bientôt fini, ce travail ?

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

À lire aussi...