Dimanche, 21 Décembre 2014

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n°1631 (14-20 avril 2011) | Expressions Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Un poisson ? Pourquoi un poisson ?

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? De méchantes commères s’étant plaintes de ce que leur pouvoir d’achat fondait comme beurre au soleil, aussitôt fut parachuté sur Vesoul-centre et son marché l’adjudant Frédéric Lefèbvre. L’homme providentiel avait, en son barda, la solution à nos petits soucis ménagers, et sans plus tarder se mit à distribuer au tout venant son drôle de petit papier vert, forcément vert, et bleu aussi. Le « Panier des essentiels », s’appelle le machin. Il vous faudra donc un panier, il vous faudra ensuite Frédéric Lefèbvre, secrétaire d’État à la Consommation qui, comme sa fonction l’indique, vous aidera à le remplir selon la liste des courses établie par ses soins. « C’est un panier pour tout le monde », a déclaré le secrétaire, en poussant son pauvre caddie. Pauvre caddie ? Caddie du pauvre, assurément, blindé de riz et de nouilles mais qui doit, étrangement, « contenir au moins un poisson ». D’avril, le poisson ? Pas si sûr, car c’est toute l’année que les pauvres consomment mal, savent pas se débrouiller chez Leclerc ou Carrefour, et que ça dépense n’importe comment et que ça va faire des folies, jusqu’à s’acheter un livre, une Princesse de Clèves par exemple, ou bien un Zadig et Voltaire ! Abrutis de pauvres, allez, engeances ! Fort heureusement, et désormais, Frédéric Lefèbvre veille sur vos paniers, et sur vos essentiels.
Essentiel, il ne l’était guère, le débat sur la laïcité, sur l’islam, sur le nucléaire, sur le nucléaire est-il compatible avec l’islam 1, bref, on sait plus trop mais qu’importe : la messe aura duré trois heures trente, montre en main, paraît que même Besson et son pote Hortefeux-nouillard n’y ont fait qu’une apparition, se barrant au beau milieu du discours de Copé-dicule. Idem la Dati, qui avait pourtant juré qu’elle ne s’y rendrait pas : elle y était, minaudant, mais s’éclipsant vite fait bien fait. Le lendemain, remaquillée, elle pointait sa tronche en cul de poule sur un plateau télé : « Je suis contente qu’on ait débattu de l’islam, parce que c’est une religion qui peut faire peur », commença-t-elle. Et les autres religions, elles sont censées faire quoi, nous rassurer peut-être ? Brisons-la ! La dame alla, figurez-vous, jusqu’à prendre la défense de Guéant-de-velours, dont la main de fer entend maintenant s’attaquer à l’immigration légale, rien que ça. Elle en pense quoi, Rachida ? « En ce moment, tout est polémique, on peut parler de rien, eh bien, parlons de rien ! », s’énerve-t-elle, pour un rien. Besson, de son côté, n’étonnera pas son monde en s’alignant sur Guéant et en jugeant que « cette mesure est pertinente, vis-à-vis de la situation de l’emploi en France ». Le travail aux Français, en somme. C’est ainsi, de manière à peine insidieuse, que s’appliquera dans ce pays la préférence nationale, mesure phare de la maison Le Pen, père et fille.
On cause, on cause, et pendant ce temps on s’enlise : en Libye, notamment. On bombarde, on canarde et Kadhafi rigole. Il est pas le seul à pouffer : l’autruche en tousse de rire, au souvenir des « hourras ! », des « enfin ! », des « viva ! » expectorés par celles et ceux s’imaginant qu’une guerre puisse être salutaire et servir d’autres intérêts que ceux des livreurs de canons. On s’enlise, on dérape, on mitraille au hasard : encore quelques « dommages collatéraux » dans le genre et peut-être qu’un journal finira par titrer : « Libye : la France coupable ». Il nous faudra, pour cela, attendre dix-sept ans.
En attendant, il serait utile de se demander pourquoi le député Dassault n’envoie pas ses chouettes bombardiers pilonner la Syrie, le Yémen, et pendant qu’on y est les Émirats Arabes Unis. Autant de pays dont les peuples se sont, à leur tour, soulevés, mais qui visiblement n’ont rien à attendre de nous, ni de Serge Dassault. Pourquoi ? Oui, pourquoi, dans le Panier des essentiels Lefèbvre, pourquoi, mais pourquoi un poisson ?



1. Emprunté à Sophia Aram, qui me le pardonnera.

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