Lundi, 22 Septembre 2014

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n°1631 (14-20 avril 2011) | Expressions Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Thélème de François Rabelais

Rabelais est « un grand poète épique » comme Pierre Seghers l’a dit (cité dans les notes), puisque ses Cinq livres sont une somme d’aventures avec pour héros le fameux Gargantua, au cours lesquelles tout advient. Mais il ne serait pas poète, s’il n’avait su manier la langue avec autant de brio, de facétie, de connivence, de surprise pour conduire son lecteur à travers les périples d’un homme hors du commun, à l’image de ce qu’est la poésie, une langue hors du commun ! François Rabelais est ainsi considéré comme le « grand ancêtre » de l’anarchisme selon Élisée Reclus. Daniel Giraud s’est ainsi mis au service de cet immense auteur, puisque lui-même est libertaire, ainsi que nous l’avons vu dans son livre Intérieur, extérieur. Dans sa présentation, Daniel Giraud met bien en exergue les caractéristiques essentielles de Rabelais qui « n’était pas seulement un humaniste, mais un être différencié et marginal à la fois poète, ésotérique et utopiste ». Il est même « un esthète raffiné ». Daniel Giraud a choisi Thélème avec à-propos, car ce récit constitue selon Raoul Morçay « le symbole et le résumé de la philosophie de Rabelais ». Effectivement, dans cette abbaye que Gargantua offre au frère Jean des Entommeurs, rien ne s’y passe comme ailleurs : pas d’horloges, pas de murailles, il y règne la liberté pleine et entière. Chaque homme, chaque femme accueilli dans cette maison est libre de tout, mais la particularité, et non des moindres, est que le choix des activités se fait à l’unanimité des présents. On voit bien là l’utopie créée par cette volonté de ne rien coordonner mais de poser à chacun le problème de son libre arbitre. Mais comme le fait remarquer Daniel Giraud, Rabelais n’a pas abordé le problème économique à travers ce lieu « hors du temps ». ce n’est pas là un grave défaut, sachant que l’économie contraint davantage la vitalité de chacun(e) qu’elle ne libère des forces. Voilà donc une « translation » réussie du vieux français en moderne, sauf pour quelques passages demeurés tels. Daniel Giraud voit sans aucun doute en Rabelais l’un de ses maîtres à penser certes, mais à vivre aussi, et par son érudition, son anarchisme, sa loyauté, il n’avait d’autre possibilité que de nous offrir Thélème.

Jean-Michel Bongiraud

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