Dimanche, 20 Avril 2014

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n°837 (19-25 sept. 1991) | Médias Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Divergence-FM, une autre radio pour Montpellier

Solidarité

« Le Pouvoir ne soutient pas les « radios commerciales ». Il les a créées et il soutient le fric qui les réhausse dans l'horreur du vide et de la commisération bancaire. Le Pouvoir transpire et il sent mauvais. Il y en a assez. Demain matin, nous nous lèverons après avoir passé le chiffon sur ces « présidents », sur ces PDG, sur ces voyous toujours en liberté, provisoire ! Bien à toi, Divergence-FM. »

C'est Léo Ferré qui écrit ces lignes pour apporter son soutien à Divergence-FM[[Divergence-FM (98.4 Mhz)/association Croqu'oreilles, 1, rue des Mouettes, 34000 Montpellier. Tél. (16) 67.65.64.32]], une radio qui émet sur Montpellier et qui risque fort d'être éliminée par le CSA.

Comme partout en France, le CSA réorganise la bande FM, en veillant bien à privilégier les radios nationales, comme Europe 1 et RTL, mais aussi tous les réseaux du style NRJ, Nostalgie, Europe 2… ces radios commerciales, sans âme, qui diffusent à peu de chose près les mêmes musiques, les mêmes infos et les mêmes pubs.

On est loin des débuts de la FM, des radios pirates, des radios associatives. Aujourd'hui quelques unes survivent tant bien que mal, mais le CSA est là pour remettre de l'ordre. Le paysage radiophonique est le même que celui de l'édition, du rock ou de toutes les créations : ce sont les associations, les passionnés, les créatifs qui jouent les pionniers, défrichent, se cassent les dents, se battent contre des lois ou des états de faits rétrogrades et ce sont les marchands qui en retirent les bénéfices. Dans le cas des radios, c'est l'État, directement, qui vient aider les radios commerciales à s'installer.

Actuellement, le CSA réorganise la bande FM du Languedoc et c'est ce mois-ci que sera connue la nouvelle liste des radios autorisées à émettre. Or sur Montpellier, seulement 17 fréquences seront attribuées pour 39 radios, dont 23 qui émettent actuellement. Parmi celles-ci, des radios associatives, pas rentables, et donc dans le collimateur.

Parmi ces radios associatives, se trouve Divergence-FM, qui émet en pirate depuis 1987.

Divergence-FM à l'œuvre

Divergence-FM n'est pas une radio comme les autres puisqu'elle propose de la création sonore, genre qui ne se pratique que sur France-Culture et éventuellement sur France-Inter. Sur Divergence-FM, il n'est pas question d'animation « pousse disque », et on n'y entend ni le Top 50 ni tubes. « La programmation de Divergence-FM est organisée autour de trois pôles : la diffusion d'œuvres enregistrées, la création originale et l'information locale ».

Au niveau de la diffusion d'œuvres enregistrées, ce sont surtout les chansons méditerranéennes, mais aussi le jazz ou des musiques innovatrices.

Pour les créations, la programmation de Divergence-FM accorde une très large place à la création radiophonique par l'élaboration en pré-production en studio de modules sonores, clips audios (autour de poèmes), chroniques, reportages… à titre d'exemple, des interviews de Léo Ferré, Gérard Manset, Paco Ibanez, Morice Benin, Jean Guidoni, Jeanne Moreau… mais aussi des séries originales, des feuilletons, des nouvelles… avec un dénominateur commun : redonner à l'auditeur l'envie d'écouter la radio, de redevenir complice. Faire une radio qui s'efforce de bousculer les idées reçues. Être insolite. Que la radio ne soit pas uniquement un bruit de fond. Enfin, pour l'information locale, faire une radio donnant la parole aux associations et assurant la couverture de manifestations culturelles…

« Divergence-FM résulte d'une conception précise et persévérante de la radio, objet de plaisir dans la communication », disent ses animateurs. Ses fondateurs, présents dans le monde des radios locales depuis 1981 (autour de Radio Air-Libre et de Radio France-Hérault notamment), bénéficient d'une expérience acquise qui les a conduits à écarter résolument le mode de développement commercial (publicité, course à l'audience, banalisation des programmes, adhésion aux réseaux…).

Depuis 1987, ils s'ingénient à défendre l'existence d'une programmation originale, privilégiant des choix artistiques et créatifs mis en œuvre dans des conditions de qualité professionnelle. Pour ce faire, Divergence-FM n'a qu'un budget annuel de 80 000 FF (!), c'est dire si avec de l'énergie on peut faire une radio de qualité sans argent.

Un soutien nécessaire

Depuis que Divergence-FM sait qu'elle risque l'interdiction, elle a fait appel à ses auditeurs. En peu de temps, 2 500 ont signé une pétition et un comité de soutien s'est créé, à la tête duquel on trouve Léo Ferré, ainsi que des chorégraphes, musiciens, directeurs de théâtres, labels de disques et même le directeur de Radio France-Hérault. D'autres radios, plus assises, n'ayant pas les mêmes buts, plus jazz ou plus rock, comme Radio-Clapas ou L'Écho des Garrigues sont également venues apporter leur soutien.

Aujourd'hui, ce sont toutes les radios associatives qui sont menacées. Déjà certaines régions n'ont plus qu'une bande FM insipide, sur laquelle d'une fréquence à l'autre on n'entend que la même guimauve. Il faut donc se battre, et vous tous qui soutenez Radio-Libertaire, aidez Divergence-FM, et les autres radios, dans d'autres villes, qui résistent.

Jean-Pierre Levaray

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