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Aperçu :
Ils aimeraient nous coller la peur au ventre
Le couplet anti-Roms n’était néanmoins pas suffisant et, dans une situation particulière où l’exécutif se doit de montrer au peuple apeuré qu’il est aussi rigide et sévère que le précédent, Hollande a de nouveau détaché la laisse de Valls, qui est parti en courant s’attaquer à un nouveau sujet, lui aussi chéri par l’ancien gouvernement : l’islam. Sujet encore plus facile à maîtriser que celui des Roms, puisque l’expression de la force étatique ne devait plus se faire contre de vulgaires voleurs de poules squattant nos décharges, mais contre de dangereux terroristes infiltrés jusque dans les quartiers. Une dizaine de tarés islamistes a ainsi servi de prétexte, samedi 6 octobre dernier, à une aberrante démonstration de l’appareil répressif d’État. Et Valls de conclure ce début de week-end avec cette petite phrase : « Il existe une menace terroriste en France. » Il parlera aussi de « terrorisme intérieur » et affirmera qu’il existe « plusieurs dizaines, plusieurs centaines d’individus capables de s’organiser comme le groupe qui vient d’être démantelé ». Les médias, qui sont parmi les plus grands hérauts de la politique sécuritaire, ont abondamment relayé les photos d’une intervention pour laquelle la police avait sorti le grand jeu. Les jours suivants, la télé annonçait qu’entre 10 000 et 15 000 salafistes vivaient en France avant de publier un sondage prétendant que 75 % des Français craindraient un attentat islamiste dans l’Hexagone. Niveau presse papier, Libé, organe du nouveau pouvoir, s’est fendu d’un « Terrorisme : l’islamisme version française » en une de son édition du lundi 8 octobre tandis que Le Figaro titrait : « Les islamistes français préparaient des attentats. » De quoi nous donner les chocottes et nous détourner de nos légitimes préoccupations sociales. Car la misère qui ne cesse de progresser dans notre beau pays est bien plus à craindre que quelques illuminés de Dieu, le chômage et la précarité nous guettant davantage qu’un très hypothétique nouveau 11-Septembre. Notre colère n’est donc pas à déchaîner contre des pauvres persécutés qui cherchent un terrain pour vivre, mais contre les patrons et l’État qui, main dans la main, marchent contre nos acquis sociaux et notre bien-être, pourtant déjà très relatif.
Pour conclure, on pourra s’amuser de la façon dont tous ces discours sécuritaires et autres diffuseurs d’angoisse ont dernièrement été rattrapés par une autre réalité, celle de la corruption de grande envergure de ceux qui sont censés nous protéger de tous ces épouvantails. La récente dissolution de la brigade anticriminalité des quartiers nord de Marseille pour extorsion d’argent et de drogue salit en effet considérablement la fausse image que le gouvernement aimerait nous donner de ses petits voyous en uniforme, grands amateurs de violence et de corruption. Revers de la médaille, il est toutefois fort à parier que les recours au délire sécuritaire se multiplient, histoire de redonner un peu de légitimité, voire de popularité, à ces policiers au terne blason. Car, désormais, il semble évident que la crédibilité d’un gouvernement ne se mesure qu’à sa capacité d’insinuer la peur chez ceux qu’il administre.
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