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n°1665 (22-28 mars 2012) | Syndicalisme Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Aperçu :

Se tuer au travail

Ce n’est pas une simple formule imagée : on se tue aujourd’hui sur son lieu de travail. La Poste est sur les traces de France Télécom. En moins de deux semaines, deux suicides. Le 29 février un jeune cadre (28 ans) avait sauté du dernier étage du bâtiment de La Poste où il travaillait (à Rennes), après avoir pris soin de laisser un message où il décrivait son « anxiété professionnelle » et son incapacité à vivre dans un tel « contexte opprimant ». Dimanche 11 mars, c’est un autre cadre qui était retrouvé pendu dans un centre de courrier (à Tregunc, dans le Finistère). En arrêt maladie depuis début décembre, il a choisi de revenir sur son lieu de travail pour se suicider par pendaison.
Les syndicats dénoncent les conditions de travail directement responsables de ces suicides, et craignent un engrenage semblable à celui existant à France Télécom. La Poste est passée progressivement d’un statut de service public à celui de secteur privé, avec marchandisation à outrance des services, afin de faire passer le taux de rentabilité des dividendes à verser aux actionnaires de 25 à 36 %, puis bientôt à 40 ou 45 % 1.
L’ouverture à la concurrence a changé la donne : il faut faire du chiffre et être désormais rentable. Pour cela, la direction met en place de nouvelles méthodes de management. Méthodes contestées par les employés, mais aussi par une partie de l’encadrement. Depuis 2002, il y a eu 90 000 suppressions de postes (plus de 10 000 rien qu’en 2011).
Suite aux deux suicides, l’Inspection du travail a conclu à « une faute caractérisée des dirigeants de La Poste qui n’ont pas évalué les risques psychosociaux induits par les politiques de réorganisation ». Ce qui débouche de fait sur la mise en cause de Jean-Paul Bailly, PDG de La Poste, pour homicide involontaire. Ce dernier déclare de son côté « vouloir ouvrir un cycle d’écoute et de dialogue sur la santé et le bien-être au travail », mais s’empresse de préciser « qu’il sera attentif aux propositions dans la mesure où elles ne remettent pas en cause la stratégie de La Poste ».
Bref, pas de quoi rassurer le personnel. Toutes les enquêtes font état du même mal-être des agents de La Poste qui se sentent « déconsidérés-invisibles-inexistants […] occupant leurs fonctions dans un lieu de travail déshumanisé ». Avec plus de travail à fournir et moins d’effectifs, c’est donc une mise sous pression permanente des salariés, pour atteindre des objectifs de profits et non plus pour répondre à une mission de service public. C’est tout naturellement que les différents syndicats demandent l’arrêt immédiat des restructurations à La Poste qui est devenue depuis un an une « Société anonyme à capitaux publics ».
En France, comme partout, la privatisation du service public est en marche ; en France, comme partout, on nationalise les déficits. En France comme partout, les anarchistes refusent cette double peine qui sanctionne salariés et usagers.






1. Nouvel Observateur en ligne du 12 mars 2012.

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