Luttes syndicales > Les invisibles de l’Université : les 130 agent.es de nettoyage de Jussieu ont gagné
Luttes syndicales
par Hélène Hernandez le 11 octobre 2021

Les invisibles de l’Université : les 130 agent.es de nettoyage de Jussieu ont gagné

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Durant 10 jours, l’ensemble des 130 agent·es de nettoyage, en très grande majorité des femmes, de Sorbonne-Université, ont été en grève illimitée sur le campus de Jussieu à partir du 14 septembre. Elles dénonçaient des conditions de travail et de rémunération insupportables.



Comme à l’hôtel Ibis-Batignolles, où la lutte des femmes de chambre avait duré 22 mois, ce conflit avec le sous-traitant Arc-En-Ciel Nettoyage semblait s’ancrer dans la durée. Elles installaient un piquet de grève, tôt le matin, un rassemblement s’organisait avec les étudiant·es, les personnels universitaires et la population du quartier afin d’être visibles et de gagner du soutien.

En février 2021, l’entreprise Arc-en-ciel, cumulant plus de 23 millions de chiffre d’affaires en 2019, a repris le marché à la société Labrenne. Et depuis, les irrégularités et les problèmes s’accumulent : effectif diminué de 30 personnels, le ramenant de 160 à 130, changements d’horaires, des cadences infernales comme l’entretien de cinq étages en trois heures ou de 170 WC en une matinée, heures supplémentaires non payées, et non majorées, heures normales non payées, agent·es travaillant sans contrat, envois vers d’autres sites via la clause de mobilité, manipulation sans protection de produits toxiques.

Levez-vous les femmes ! C’est vous qui nettoyez la France !


Depuis le début du mouvement, uni.es et à 100 % en grève, les agent·es ont obtenu le départ d’un chef jugé maltraitant et raciste. Mais la direction d’Arc-en-ciel faisait la sourde oreille à l’ensemble des autres revendications. Plusieurs syndicats soutenaient le mouvement : CGT, Sud, FO, FSU, UNSA… mais aussi des syndicats estudiantins et enseignants comme l’UNEF et le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique CGT (SNTRS). En attendant, une pétition et une cagnotte étaient en ligne pour soutenir les grévistes dans la durée. Elles ont aussi reçu le soutien des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles. Rachel Keke, militante emblématique de cette lutte, a lancé au micro : « On a traversé les mêmes choses que vous, pendant 22 mois. Le but de notre victoire, c’est que vous preniez exemple. Si nous pouvons y arriver, pourquoi pas vous ? » « Levez-vous les femmes ! C’est vous qui nettoyez la France ! ».

Ce vendredi 24 septembre, les 130 grévistes ont pu reprendre le travail la tête haute. Elles ont obtenu en particulier : l’arrêt des changements de postes et le maintien des horaires de travail actuels, le paiement des heures complémentaires soit le règlement de plus de 1 000 heures complémentaires qui n’avaient été ni payées ni majorées, et la régularisation des contrats en application du droit du travail, le paiement de la moitié des jours de grève. De plus, la clause de mobilité a été suspendue : les mutations en dehors du site de Jussieu ne pourront se faire qu’avec l’accord de l’agent·e. Bien sûr, des revendications restent en suspens comme le rythme et la charge de travail qui n’ont pu être négociés encore. Toutefois la fin de la sous-traitance par l’embauche directe des employés par l’université n’a pas été acceptée, par Arc-en-ciel Nettoyage.

Personnel de ménage en grève, fini l’esclavage !

Cette grève nous montre à quoi sert la mise en concurrence dans les marchés publics. Au gré des changements de prestataires, les agents de nettoyage restent les mêmes, certains y travaillent depuis de nombreuses années, 20 ou 25 ans. Ils et elles sont vendu·es d’une boite de sous-traitance à une autre. La seule fonction des entreprises sous-traitantes, dont la mise en concurrence favorise toujours le moins-disant, n’est pas d’améliorer la qualité du service rendu mais de réduire les coûts pour le compte du donneur d’ordres, ici l’université, en pressant les salarié·es au maximum, au besoin par des méthodes illégales. Au passage, la sous-traitance crée des angles morts en déresponsabilisant l’université vis-à-vis des conditions de travail de certaines catégories de personnes qui travaillent pourtant sur ses campus.

Mais à l’heure où les luttes se font rares, où les grèves se terminent dans l’épuisement, il est remarquable que des secteurs de personnels particulièrement exploité·es, mal payé·es, discriminé·es, méprisé·es, se mobilisent et se mettent en grève, et certains mouvements trouvent même une issue favorable. Ce fut le cas des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles qui, après près de deux ans de lutte, ont gagné et retrouvé toute leur dignité. C’est au tour des personnels de nettoyage du campus Jussieu d’en faire l’expérience.

La lutte paie !



Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard





PAR : Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard
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1

le 12 octobre 2021 17:11:37 par Luisa

Bravo et Félicitations !

2

le 12 octobre 2021 19:40:10 par Luisa

P.S. : les hommes aussi font le ménage, ils balaient des kilomètres de rues dans toutes les villes, des caniveaux dans toute la France. Ils font aussi le ménage dans les barres d’immeubles, balaient et lavent des escaliers par dizaines d’étages, etc …. Dans les grandes entreprises, les usines, les restaurants, etc …. Ils font le ménage.
On les appelle « hommes d’entretien », j’ai bossé avec eux pendant des années ( … ). D’ailleurs, un jour, un matin précisément, sur Radio Libertaire, une animatrice a dit que j’étais « une femme de ménage à la ramasse » ….

3

le 14 octobre 2021 18:11:02 par Infos

Les « coulisses » du nettoyage, de la propreté de l’espace public, de la désinfection, des toilettes publiques, etc … effectuées de jour comme de nuit par des hommes, ce sont :
- 303 stations de métro à Paris
- des kilomètres de labyrinthes de couloirs de métro
- 3000 gares SNCF dans toute la France
- des milliers de bus, de cars dans toute la France
- 460 aérodromes dans l’Hexagone
- etc ….
Une armée d’hommes de ménage, appelés « hommes d’entretien » qui bossent très dur pour pas grand chose !
Seul le mépris à leur égard est généreux, particulièrement en les excluant.