Coupables ?

mis en ligne le 29 février 2004

Alors je le suis, nous le sommes aussi !

Coupables de vouloir que nos élèves puissent vivre l'école de la meilleure manière possible,

Coupables de tout faire pour que les droits des enfants ne se déclinent pas seulement en droits et devoirs,

Coupables de vouloir que ces Droits de l'enfant soient des valeurs universelles à l'égal de ceux de l'Homme,

Coupables de vouloir former et non instruire de futurs adultes et non des « citoyens » sans esprit critique,

Coupables de vouloir que nos élèves puissent se révolter face aux injustices,

Coupables de vouloir faire comprendre qu'une loi si elle est inique doit être transgressée,

Coupables de vouloir former des enfants capables d'écouter l'autre,

Coupables de vouloir rendre ces enfants capables de comprendre l'autre et ses points de vue s'ils sont différents de lui,

Coupables de penser que l'enseignant doive perdre un peu de son pouvoir, qu'il ne soit plus dans sa classe omnipotent et omniscient, qu'il ne soit plus exclusivement le tuteur de ses élèves, dispensateur de savoirs mais qu'il devienne alors le médiateur entre les élèves et les savoirs,

Coupables de croire en l'autonomie des élèves, en leur liberté,

Coupables de vouloir faire de l'école un lieu démocratique et non pas un îlot hors de la Société,

Coupables de vouloir faire de la classe un lieu de vie.

Mais elle est devenue un lieu de mort parce que l'imprévisible, l'inconcevable est survenu, et ils t'ont rendu coupable de cela !!!!!

Et là tout s'écroule, tout...

En revoyant depuis ta condamnation le fil de ma carrière, ce que j'ai voulu faire, ce que j'ai voulu enseigner, ce pourquoi je suis devenu formateur, je me suis rendu compte que la différence entre toi et moi c'est que j'ai simplement eu de la chance.

De la chance, à chaque sortie dans la ville avec une classe

De la chance en classe de découverte, en mer, à la voile

De la chance à chaque moment d'éducation physique

De la chance en classe, quel que soit le moment, leçons, ateliers, jeux, fêtes, travaux personnels...

De la chance à chaque seconde de ma vie d'enseignant

Alors, Philippe, à travers tes démêlés avec la justice des hommes, je me suis identifié à ton combat.

Ton combat est juste et tu as su, et avec quelle force, quelle énergie nous le faire saisir...

C'est de l'admiration que j'éprouve, pour cette faculté de penser à l'autre, au métier, aux parents de Sarah depuis sa mort...

Admiration pour tes facultés d'analyse de cette situation, pour avoir su nous mobiliser parce que ce combat qui est le tien est aussi le notre !

Courage !

JCR