Lundi, 20 Octobre 2014

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Autogestion | n°192 (juil.-aout 1973) Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Chez LIP à Besançon : une grève qui n’ose pas dire son nom

C’est en 1947, que pour la première fois, la Fédération Anarchiste lançait la formule de « la grève gestionnaire ». Nous étions alors à l’heure des « grèves Molotov » comme disait si bien la réaction et dans les charbonnages aux prises avec les flics de Jules Moch, les mineurs d’un puit décidaient d’extraire du charbon pour leur propre compte (on peut consulter le France-Soir de cette époque). Ce fut une « petite première » ! Le Libertaire titrait : « Vive la grève expropriatrice et gestionnaire » et notre journal publiait une série de six articles qui reprenaient l’expérience des ouvriers italiens des années 1920, ils essayaient de déterminer les caractères d’une telle grève. Et depuis, constamment dans notre presse, dans nos brochures, dans nos conférences, nous avons préconisé cette grève avec occupation d’usines puis remise en route des machines au profit des travailleurs. Nous rappelons ces faits simplement pour détromper les bons pères de la CFDT qui ont une fâcheuse tendance à croire que tout vient de Dieu et que Dieu se sert exclusivement d’eux pour exprimer ses volontés.
Aujourd’hui, les travailleurs de chez Lip ont pris le relais et cette fois il s’agit d’une grande première. Bien sûr, ils se défendent de faire une expérience autogestionnaire. La grève gestionnaire, connais pas ! Et c’est parfaitement leur droit d’écarter de leur mouvement tout ce qui pourrait indisposer une opinion publique qui leur est favorable. Encore que la formule qu’ils ont adoptée, « la grève active » vient de la CFDT ; et que leur tentative d’élargissement de leur mouvement vers des travailleuses en grève en Bretagne, ne trompera personne. Mais le problème n'est pas là !
Ce qui est considérable c’est que des travailleurs en grève après avoir épuisé jusqu’ici tous les moyens pour résoudre leur conflit aient enfin adopté le seul qui soit dans la ligne du mouvement syndical défini dans la charte d’Amiens. Les usines Lip tournent non seulement sans la direction, mais également sans les cadres qui se sont démasqués et ont montré leur vrai visage, que les politiciens de gauche essaient de masquer à des fins électorales. Ce qui est considérable, c’est que ce mouvement soit parti de la base que la CFDT a été obligée d’accepter et que la CGT ayant pris le train en marche suit en rechignant, et dans ce domaine, les déclarations du « grand syndicaliste » Séguy sont vraiment réjouissantes. Ce qui est également réjouissant, c’est la démission patronale, la démission des administrateurs délégués, la démission gouvernementale et l’embarras des parlementaires de la région devant une initiative qui les laisse en dehors du champ et tournant à vide avec leur arsenal de lois, de coutumes et leur morale de la propriété. Ce qui est réjouissant, c’est la sympathie générale qui a accueilli cette méthode nouvelle de lutte contre le patronat.
Bien sûr tout rentrera dans l’ordre. L’État va intervenir et une solution sera trouvée au soulagement des patrons « alarmés », des syndicalistes « tranquilles » et des ouvriers de chez Lip « récupérés » et pourtant rien ne sera plus comme avant ! La sympathie et l’intérêt qui ont accueilli l’expérience porteront leurs fruits, à la condition que les travailleurs restent vigilants. Car l’autogestion comme la grève gestionnaire risquent de devenir à la mode. Non pas sous leur appellation sans équivoque mais sous d’autres plus rassurantes et qui permettront mieux un maniement électoral.
M. Guy Mollet est pour l’autogestion, M. Lucien Faure est pour l’autogestion, M. Marchais serait pour l’autogestion, les gaullistes de gauche sont pour l’autogestion, les royalistes sont pour l’autogestion, 120 ans après la mort de Proudhon, ces messieurs découvrent une autogestion dont nous ne cessons de parler quotidiennement depuis cette époque. Bravo, mais attention, car tous ces « révolutionnaires » s’apprêtent à faire de l’autogestion ce qu’ils ont fait du socialisme, un mot vidé de son contenu qui fait le trottoir devant les préaux d’écoles.
Chez Lip on vend des montres comme Barbu vendait des boîtiers de montres et l’État temporise, car il s’agit d’une branche sans grande incidence sur l’industrie nationale. Mais l’expérience de chez Lip en amènera d’autres plus importantes et l’État interviendra avec violence pour défendre la propriété. Puis un jour les travailleurs en grève, après avoir occupé les usines, les bureaux, les services, remettront toute la vie économique en route à leur propre compte. Ce sera la grève gestionnaire et expropriatrice et l’État capitulera.
De toute façon c’est la seule chance de l’autogestion.

Montluc

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