Samedi, 2 Août 2014

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n°1620 (27 janvier-2 février 2011) | Cultures Ajouter aux favoris Créer un PDF Recommander Imprimer

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Incendies : retour vers le Liban

Le Liban : trente ans de guerre civile, une population meurtrie, Beyrouth détruite, partiellement reconstruite, reste une ville marquée par les guerres successives. Des paysages dévastés, des villages rayés de la carte, des factions ennemies se livrant une guerre sans fin, s’adonnant à des exactions, commettant des crimes. Le meurtre, l’assassinat politique devenus monnaie courante au Liban. Le dernier en date n’a toujours pas été élucidé 1.
À partir d’une pièce de Wajdi Mouawad qu’il découvre à Montréal, Denis Villeneuve réalise Incendies, sorti à Paris le 12 janvier. Mouawad, le dramaturge libanais, lui cède tous ses droits sans conditions 2. Villeneuve lit et relit la pièce, la met de côté et se met au travail. C’est donc un film où le scénario s’inspire des faits des plus marquants d’une pièce de théâtre. Denis Villeneuve part au Moyen-Orient chercher des lieux de tournage et des visages pour incarner cette histoire extraordinaire qu’il tourne finalement en Jordanie.
Au début du film nous sommes au Canada : une femme se trouve mal en piscine. Elle a découvert un tatouage sur le pied d’un homme au bord de la piscine. Elle tombe dans le coma et ne se rétablira plus. À la mort de leur mère Nawal (Lubna Azabal), Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxime Gaudette), ses enfants, découvrent qu’ils ont un père qu’ils croyaient mort et un frère.
Le notaire (Rémy Girard) chez qui Nawal a travaillé de longues années leur transmet ses dernières volontés : qu’ils aillent sur les traces de l’histoire de Nawal, leur mère, qu’ils retrouvent leur père et leur frère. La fille part seule pour le Moyen-Orient. Le frère refuse de se soumettre aux désirs de la défunte. La sœur apprend par les rencontres qu’elle fait et par ce que les autres lui disent, bien qu’ils taisent les épreuves que sa mère a traversées.
Incendies est un film violent parce qu’il raconte une histoire, faite des violences inhérentes à l’histoire du Liban récent, et les violences faites à cette femme qui est leur mère. Elle s’était engagée dans ces luttes qui ont ensanglanté le pays, dévasté les familles et détruit son amour.
Un film « coup de poing » réalisé par le Canadien Denis Villeneuve qui, par des flashs successifs, nous fait revivre un destin et déroule devant nos yeux le vécu de cette femme. Engagée dans la guerre civile, elle assiste, impuissante, à l’exécution de son compagnon. Quand elle accouchera de son enfant dans la maison de sa mère, le bébé lui sera arraché et confié à des étrangers. Sa famille la renie et elle quitte son village pour toujours.
Le film se déroule comme un compte à rebours : nous apprenons par la quête de ses enfants les épreuves traversées, l’exil et la lente reconstruction d’un être.
Le mystère des origines reste entier : où trouve-t-elle la grandeur d’âme de laisser à ses enfants un message d’amour ? « Vous êtes vivants et vous pouvez être ensemble. » C’est la seule chose qui compte, dit-elle, « ne cherchez point la vengeance ! »


1. Je veux voir de Hadjithomas et Joreige donnait un aperçu de l’ampleur des destructions, des villages disparus et de la terreur de cette guerre (Hezbollah-Israël).
2. La pièce de théâtre de Waji Mouawad a été publiée par Actes Sud.

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