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Chroniques du temps réel
par bernard le 23 juillet 2017

victimes

2017. Séoul, dans un mur, une boite à température contrôlée. Environ quatre fois par semaine, un bébé y est déposé. Cet abandon déclenche une alarme qui alerte des assistances maternelles. C’est beau comme un vélib…

« Nous, on est les pauv’s tits fan-fans, / les p’tits flaupés, les p’tits foutus / à qui qu’on flanqu’ sur le tutu :
les ceuss’ qu’on cuit, les ceuss’ qu’on bat, / les p’tits bibis, les p’tits bonshommes, / qu’a pas d’ bécots ni d’ suc’s de pomme, / mais qu’a l’ jus d’ triqu’ pour sirop d’ gomme / et qui pass’nt de beigne à tabac. […]


2017. Elle a 19 ans, elle est Salvadorienne. Au Salvador, y a des gangs. Des gangs de mecs prédateurs qui pratiquent – sombres connards -le viol collectif. Alors, violée à plusieurs reprises par les membres d’un gang lorsqu’elle n’avait que 17 ans, elle a accouché - huit mois plus tard – d’un môme mort-né. Au Salvador, on n’aime pas trop les femmes qui accouchent de mômes mort-nés ou qui font des fausses couches…
A 19 ans, fatal, elle est accusée d’avortement… 30 ans de prison pour homicide aggravé contre le fœtus…





[… ]Les p’tits vannés, les p’tits vanneaux / qui flageol’nt su’ leurs tit’s échasses / et d’ qui on jambonn’ dur les châsses :
les p’tits salauds, les p’tit’s vermines, / les p’tits sans-cœur, les p’tits sans-Dieu, / les chie-d’-partout, les pisse-au-pieu / qu’il faut ben que l’on esstermine.
Nous, on n’est pas des p’tits fifis, / des p’tits choyés, des p’tits bouffis / qui n’ font pipi qu’ dans d’ la dentelle, / dans d’ la soye ou dans du velours / et sur qui veill’nt deux sentinelles : / Maam’ la Mort et M’sieu l’Amour. […]

2017. Elle a 20 ans, elle est Albanaise, réfugiée albanaise. Elle vit dans la rue à Valence, Drome. La rue, mauvais refuge… 20 ans, enceinte, en urgence elle file accoucher à l’hosto. Mais son môme est déjà mort, peut-être même depuis plusieurs jours d’après les toubibs. La rue, en juin, la chaleur…

[..] Nous, on nous truff’ tell’ment la peau / et not’ tit’ viande est si meurtrie / qu’alle en a les tons du grapeau, / les Trois Couleurs de not’ Patrie...
Qué veine y z’ont les z’Avortés ! / Nous, quand on peut pus résister, / on va les retrouver sous terre / ousqu’on donne à bouffer aux vers. / Morts ou vivants c’est h’un mystère, / on est toujours asticotés ! […]



2017. c’est l’été. Ils sont 35. Leurs parents, demandeurs d’asile, attendent d’être enregistrés par la préfecture. Les mômes ont entre 15 jours et un mois. Ils dorment dans les rues de Strasbourg. Les cigognes n’y sont pour rien, elles.

[…] Nous, pauv’s tits fan-fans d’assassins, / on s’ra jamais les fantassins / qui farfouillent dans les boïaux / ou les tiroirs des Maternelles / ousqu’y a des porichinelles ! [...]


2017. Mars 2017. Au Canada, la note de doctrine interarmées (NDI) référencée 2017-01… Drôle de guide offert aux militaires canadiens… Il y est précisé que les soldats peuvent « utiliser de la force létale contre des enfants soldats pour se défendre ou défendre d’autres personnes, ou pour accomplir la mission ». Donc, au cours d’un de leurs sales combats, de tirer sur des mômes armés.
Mômes parfois âgés d’à peine 7 ou 8 ans…

[…] Car, ainsi font, font, font / les petites baïonnettes / quand y a Grève ou Insurrection, / car ainsi font, font, font / deux p’tits trous... et pis s’en vont.
Nous n’irons pas au Bois, non pus / aux bois d’ Justice... au bois tortu, / nous n’irons pas à la Roquette !
Et zon zon zon... pour rien au monde, / Et zon, zon, zon, pipi nous f’sons / et barytonnons d’ la mouquette / su’ la Misère et les Prisons.
Nous, pauv’s tits fan-fans, p’tits fantômes ! / Nous irions ben en Paladis / si gn’en avait z’un pour les Mômes : […]


2017. Silence des soutanes. On n’en parle que maintenant… Rattisbonne (Allemagne), y a un hangar à prières, la cathédrale. Dans cette cathédrale, y a des moineaux, les enfants du chœur mondialement connu et vieux comme pas possible. Ces mômes, les "Regensburger Domspatzen" ("Les moineaux de la cathédrale de Ratisbonne"), pendant une cinquantaine d’années, ont été privés de nourriture, souvent battus, parfois violés. Plus de 500 mômes victimes des curetons et de leurs éducateurs. Silence des soutanes.

(…) Eh ! là, yousqu’il est le royaume / des bonn’s Nounous à gros tétons / qui nous bis’ront et dorlot’ront ?
Car « P’tit Jésus » y n’en faut pus, / lui et son pat’lin transparent / ousqu’on r’trouv’rait nos bons parents.
(On am’rait mieux r’venir d’ son ciel / dans h’eun’ couveuse artificielle !) […]


2017. Voilà environ un siècle que Jehan-Rictus a écrit cette « farandole des pauv’s’tits fan-fans morts » (extrait de « le cœur populaire »).

2017. Mômes d’Alep, de Mossoul, de Gaza, du Yémen, de Kaboul, du Kurdistan... Mômes de tous les conflits. Mômes sans vie sur les plages de la forteresse européenne. Mômes sans vie, morts de faim loin des garde-mangers. Mômes sans vie d’avoir croiser la route d’adultes prédateurs. Mômes sans joie, victimes de pédophiles. Mômes aux yeux vides, esclaves pour notre confort…

Une société se juge au sort qu’elle réserve à ses mômes. Il est temps que ce vieux monde rende des comptes et disparaisse enfin. Au nom des mômes.


[…] Gn’y en a qui dis’nt que l’ Monde, un jour, / y s’ra comme un grand squar’ d’Amour, / et qu’ les Homm’s qui vivront dedans / s’ront d’ grands Fan-fans, des p’tits Fan-fans, / des gros, des beaux, des noirs, des blancs.
Chouatt’ ! Car sans ça les p’tits pleins-d’giffes / pourraient ben la faire à la r’biffe ; / quoique après tout, on s’en-j’-m’en-fous / pisqu’on sait ben qu’un temps viendra / où qu’ Maam’ la Mort all’ mêm’ mourra / et qu’ pus personne y souffrira !
Mais en guettant c’te bonn’ nouvelle / sautez, dansez, nos p’tit’s cervelles ; / giclez, jutez, nos p’tits citrons.
Aign’ donc, cognez ! On s’ fout d’ la Vie / et d’ la Famill’ qui nous étrille, / et on s’en fout d’ la République et des Électeurs alcooliques / qui sont nos dabs et nos darons.
Nous, on est les pauv’s tits fan-fans, / les p’tits flaupés, les p’tits fourbus, / les p’tits fou-fous, les p’tits fantômes, / qui z’ont soupé du méquier d’ môme
qui n’en r’vienn’nt pas... et r’viendront plus.

PAR : bernard
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