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Anti-capitalisme
par Bérangère Rozez le 14 juin 2020

Croissance, relance… décadence

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Croissance… Relance de l’économie… Des termes que l’on entend partout en ce moment, dans les médias dominants, et surtout dans les sphères ministérielles.
Booster « la Bête », la nourrir, la gaver comme une oie, pour que, bien grasse, elle féconde, engendre et produise à foison. La pousser à fond, à toute allure, comme une ancienne locomotive ; les pelletées de billets jetées en masse dans la turbine. L’économie, un moteur infernal mis à l’arrêt pendant deux mois et qu’il nous faut remettre en marche très vite sous peine de… sous peine de quoi exactement ? D’arrêt total et d’effondrement…. Et ?

La machine infernale
La machine est grippée, nécessite un rallumage alors qu’elle était censée tourner seule, auto-régulée selon le dogme. C’est bien ce qu’on nous répète depuis des décennies : une économie de marché flamboyante qui se suffit à elle-même, pouvant subvenir à tous les besoins quels que soient les aléas, avec l’idée d’un pouvoir d’achat sans cesse croissant, mesure clé du progrès social… Sauf que la machine s’est enraillée, maintenant sur le point de dérailler. Une économie qui a connu des difficultés à subvenir aux besoins essentiels pendant cinquante-cinq jours, censée suffire à elle-même ; elle est à bout de souffle.

On attend de nous qu’on achète sur les marchés les moyens de notre subsistance, mais surtout qu’on reconsomme avidement, qu’on surconsomme de façon prédatrice afin que l’économie se remette en branle et qu’à nouveau le PIB augmente. On nous sollicite, on nous incite à la frénésie comme s’il n’existait que cette voie. Prime à l’achat de certains biens, valorisation de certains secteurs, milliards injectés dans Air France ou le secteur automobile... Produire et acheter massivement, excessivement. Reprendre le travail, vite, travailler davantage, remettre en question les 35 heures… il y a bien longtemps, pourtant, que nous n’avons plus la nécessité de travailler pour produire à la hauteur de nos « besoins » étourdissants. La glorification d’une consommation abusive et superficielle présentée comme quelque chose d’incontournable et nécessaire, l’urgence absolue…

Une glorification illusoire qui passe par le management

C’est bien un chef d’Etat, chef de projet et de marketing, les manches retroussées, sur un ton à la fois martial et désinvolte, adossé à quelques sous-fifres muets, haranguant ses interlocuteurs en visioconférence, dans une sorte de coaching personnalisé ultra convenu. Il apparaît sur les écrans de télévision. Le président initie le mouvement. Les travailleurs suivront… encadrés par des managers – first-line –, eux-mêmes coachés par d’autre managers – second-line – supervisés en bout de chaîne par les administrateurs, eux-mêmes sous la coupe d’autres instances d’une autorité arbitraire et affligeante. La belle farce, la triste farce. Et nous d’être écrasés par la lourdeur de ce pouvoir hiérarchisé, dans une sorte de disjonction cognitive. Et cette même perspective ubuesque qui trône comme un garde-fou : celle de nourrir l’affreuse « Bête », le « Léviathan » qui a concentré le capital, creusé les inégalités sociales, économiques, bousillant en même temps l’environnement et le vivant.

Il semblerait que nul dans cette grande fanfaronnade ne parvienne à concevoir distinctement ce que pourrait être une vie qui prendrait une autre direction, en ayant une vision véritablement positive de l’avenir de l’humanité. Et l’on tire sur les vieilles ficelles, et l’on rapièce les bouts de manteaux pour espérer avoir sa part de couverture… Des pseudo-solutions, des simulacres de réponses sont balancés à gauche, comme à droite.

Mais la réalité est là écrasante. Une absence de stratégie nouvelle et une politique sans alternative ayant pour conséquence la même oppression, le même désordre dans la même constante : la rentabilité néolibérale. Qui pour un regard neuf hors des sentiers boueux de la domination capitaliste ?

L’urgence du refaçonnage
Il est temps de nous faire entendre pour faire face à un problème structurel aussi profond. Qu’est-ce que l’on veut vraiment pour le monde d’après et qui commence aujourd’hui ? Est-ce que l’on souhaite que ça continue ainsi ? En promouvant une économie concurrentielle basée sur la financiarisation et la spoliation généralisée conduisant à l’extinction massive des vivants ? Ou en rétablissant des échanges justes et équitables dans le respect de tous, valorisant les initiatives locales auto-gérées ?

Vivre ce n’est ni remplir des fichiers Excel, ni spolier l’environnement, ni enrichir les plus riches, les « possédants ». Il y a urgence à refaçonner notre monde, à parcourir une autre voie que l’économie de marché et de capitalisation, qui incitera à valoriser les moyens grâce auxquels les individus pourront s’entraider, vivre ensemble, prendre soin des autres, être tout simplement heureux d’être vivants.

Bérangère ROZEZ


PAR : Bérangère Rozez
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