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par Collectif le 23 juillet 2018

Manifestation antifasciste à Macerata (Italie)

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1793 de mars 2018

L’appel à la manif (Umanità Nova, 8 février 2018)


Le 10 février, nous serons en tant qu’anarchistes à Macerata pour manifester notre opposition à la violence fasciste qui voit continuellement la légitimation politique et médiatique de la haine raciste et de la provocation des bandes. Les expressions de sympathie envers l’auteur du massacre ayant blessé six personnes se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Dans les villes, les épisodes d’intolérance tels que celui de l’hôpital de Parme et de propagande électorale de la pire espèce font rage. Aux urgences de l’hôpital de Bolzano, un raid de Casa Pound a pris à parti les sans-abri qui dorment dans la salle d’attente pour s’abriter du froid hivernal, comme si les mesures anti-pauvres (depuis les décrets Minniti jusqu’à tous les engins sadiques comme les pointes et les brise-sièges des bancs) ne suffisaient pas pour qui a peur non pas tant de la pauvreté que des êtres humains se trouvant dans cette condition. Appeler ces pratiques infâmes est un euphémisme. Nous sommes néanmoins convaincus que les partis de droite gagneront des électeurs grâce à ces lâches initiatives, fruits de la frustration, de la stupidité, de la misère morale et économique à laquelle ils ont les premiers contribué.

Nous considérons en ce sens qu’il est important de ne pas se rendre face au fascisme, descendre dans la rue comme manifestation politique de solidarité envers les victimes de Macerata, Parme, Bolzano, et tant d’autres. Nous ne croyons pas à l’antifascisme comme une fin en soi qui manifeste à l’appel et en réaction à la violence des groupes fascistes. Nous croyons que l’antifascisme aujourd’hui doit faire l’effort de se montrer uni dans la diversité de ses composantes, au grand jour, ferme et résolu dans son message de condamnation de la violence et en mesure de n’accepter aucun type de provocation. Nous croyons à un antifascisme militant qui se manifeste sur les lieux de travail en défense des exploités (tous), dans les hôpitaux, en défense d’une santé publique et gratuite qui subit des coupes continuelles, dans les écoles où l’instruction accessible aux plus faibles doit garantir un développement autonome et libre de la personne. Nous refusons la guerre entre les pauvres, entre les Italiens et les immigrés aujourd’hui, comme entre Nord et Sud hier, et nous sommes contre la guerre de classe menée par le patronat, la finance, avec la complicité des politiques et des institutions (toutes). Nous sommes dans la rue pour la solidarité sociale, la liberté et l’égalité dans la diversité.

Signataires FAI : Federazione Anarchica Italiana (groupes M. Bakunin - Jesi, F. Ferrer - Chiaravalle, M. Bakunin - Rome) avec d’autres groupes libertaires (Alternativa Libertaria/FdCA Sez, Silvia Francolini - Fano/Pesaro, Gruppo Anarchico Kronstadt - Ancone).


Compte-rendu de la manif à Macerata (Umanità Nova, 12 février 2018)


« Contre les fascistes et la bourgeoisie : lutte de classes et anarchie… » Manifestation populaire, de masse. Quelques 20 000 personnes se sont retrouvées dans les rues de Macerata, à la fin d’une semaine très intense dont il est sans doute utile de tenter de retrouver le fil des événements les plus importants.

Samedi 23 janvier, à Macerata, un homme proche des groupes fascistes Forza Nova et Casa Pound, candidat en 2017 sur les listes de la Lega Nord aux élections administratives, Luca Traini, a tiré sur toutes les personnes d’origine africaine qu’il rencontrait sur sa route tandis qu’il traversait la ville en voiture en plein jour. Six personnes ont été blessées par balles dont deux grièvement. L’épisode a été revendiqué par le tireur comme étant une vengeance après l’assassinat d’une jeune fille * il y a deux semaines dans cette même région des Marches.

Les deux organisations néofascistes Casa Pound et Forza Nova organisent depuis des rencontres et des visites rapides de leurs leaders respectifs à des fins électorales, l’un pour prendre ses distances par rapport à Traini, l’autre pour chercher à récupérer politiquement ce qui s’est passé. Dans l’intervalle, une manifestation nationale antifasciste et antiraciste est convoquée par le CSA Sisma de Macerata, conjointement à d’autres forces politiques locales. L’air devient irrespirable dans la petite ville et le maire Carancini déclare alors publiquement ne vouloir aucune manifestation sur le territoire de la commune, ni celle de Forza Nova (appelée pour vendredi 9) ni la manifestation antifasciste de samedi 10 février. Son communiqué est suivi de celui du clergé de Macerata et la polémique éclate au niveau national.





Le front antifasciste se brise. Dans un camp, les associations pro-institutionnelles (ANPI, ARCI, Libera…) de même que la CGIL se retirent, se rangeant du côté de Carancini afin de permettre également l’interdiction de l’initiative FN ; mais ces mêmes organisations sont divisées. Dans l’autre camp, le reste des organisateurs relancent la manifestation du 10 février, affirmant qu’elle aurait lieu même si elle n’était pas autorisée. Le soutien ou pas de Minniti est l’épée de Damoclès sur le maire de Macerata jusqu’à la fin de la semaine. Il y a eu des moments où nous avons finalement été convaincus que nous pourrions nous organiser pour ensuite sombrer dans l’incertitude orchestrée par les médias. Le pas en arrière des pro- institutions n’a pas été uniquement passif, ils ont véritablement tenter d’annuler la manifestation en publiant un communiqué ambigu. Les médias tiennent pour certaine l’annulation et considèrent qu’elle aura lieu même si elle n’est pas autorisée comme cela se produit habituellement avec ces jeunes des centres sociaux toujours prêts à l’affrontement. Les habituels extrémistes. En fin de compte, le cortège est autorisé.

Nous pourrions analyser longuement ces événements sur le plan politique, ils n’ont cependant eu qu’un faible impact sur la mobilisation dans la rue. En fait de nombreux compagnons et compagnes des associations et syndicats mentionnés plus haut sont quand même venus aussi bien à titre individuel que par sections, locales ou extérieures. On comptait la présence de nombreux partis de gauche, depuis Potere al Popolo jusqu’à Liberi e Uguali, qui faisaient parfois entendre des chœurs de propagande électorale. Quatre ou cinq militants de + Europa ont été éloignés à mi-parcours par des antifascistes pour des raisons évidentes (un par-dessus tout, la course aux urnes avec le PD) et de façon absolument pacifique.

Outre les banderoles des formations antifascistes en tant que telles (par exemple, Genova antifascista), outre les banderoles des syndicats (en plus de la FIOM, envers et contre le recul en règle de la CGIL, une partie du syndicalisme de base était également présent), des Centres sociaux, des mouvements étudiants, étaient également présentes les banderoles des collectifs antiracistes, LGBT et des communautés de sans-papiers. Tout cela joint à la ferme volonté spontanée de faire de cette manifestation un terreau propice à la construction de relations et d’une conscience collective minimale dans laquelle pouvoir développer une vie politique.





Nous, pour notre part, avons cherché depuis la semaine précédente à créer une coordination anarchiste et libertaire. Le succès de notre entreprise a été honorable : près d’une cinquantaine de compagnons anarchistes provenant d’organisations spécifiques (pour la FAI, les groupes Bakunin - Jesi, Ferrer - Chiaravalle et Bakunin - Rome, pour AL/FdCA la section de Fano/Pesaro), de groupes d’individuels comme le groupe Kronstadt d’Ancone et le cercle Sana Utopia de Pérouse, ainsi que de compagnes et compagnons provenant d’autres parties de l’Italie et qui ont marché avec nous, derrière notre banderole, avec les drapeaux noirs et rouges ; mais la présence anarchiste a été en réalité transversale comme en témoignent les chœurs, drapeaux et banderoles libertaires disséminés sur toute la longueur du cortège.

Il n’y pas eu d’affrontements ni d’échauffourées, la police s’est bornée à occuper le centre de la ville et a laissé les manifestants parcourir tout le trajet prévu, à savoir littéralement le contournement des murs de Macerata. Nous n’avons pas noté de peur de la part des riverains, même si nous croyons que les mesures exagérées de prévention mises en place par les CRS ont non seulement alarmé la population mais aussi limité ses déplacements. Des accès à la vieille ville ont même été fermés par des panneaux, mesure surréaliste pour une petite ville tranquille de l’intérieur des terres. Macerata, et plus généralement les Marches n’avaient vu une manifestation de cette envergure depuis la nuit des temps. Nous ne croyons pas qu’une meilleure réponse pouvait être donnée au fascisme et au racisme. Maintenant, il faut récolter ce que l’on a semé et revendiquer cette journée de cohésion voulue par tous ceux qui se sont reconnus libres dans leur propre diversité.

Un compagnon du groupe Bakunin de Jesi

* Enquête en cours : Pamela Mastropietro, 18 ans, trouvée morte, fortes présomptions d’assassinat envers trois jeunes Nigérians (deux hommes et une femme) dans ce qui semble être une affaire de deal de drogue.


Compte-rendu de la manif dans d’autres villes d’Italie : Milan aussi est dans la rue contre le fascisme (Umanità Nova, 11 février 2018)



Une marée de dizaines de milliers d’habitants de la ville a défilé aujourd’hui : jeunes, femmes, hommes et enfants, aux couleurs des populations qui font la joie de Milan qui forme une communauté accueillante malgré la présence fasciste et de la Lega, et l’autoritarisme oppressant des institutions quelle que soit la couleur de celles-ci. Hier, le Milan antifasciste, antiraciste et libertaire a donné le meilleur de lui-même et a dénoncé avec force la responsabilité morale et directe, dans cette violence fasciste à Macerata, de ceux qui sèment la haine contre les migrants et autres pour recueillir des voix, la responsabilité des institutions qui tuent chaque jour à travers les lois sur le contrôle des flux tous ceux qui fuient la faim et les guerres générées par le Capital. C’est pourquoi les anarchistes ont pris leurs distances par rapport à tous ceux qui délèguent l’antifascisme à ces mêmes institutions criminelles et liberticides ou le récupèrent pour leur campagne électorale.

Les anarchistes avec les compagnons de l’USI (syndicat anarchiste), un groupe bruyant et nourri de centaines de compagnes et compagnons, étaient dans le cortège derrière une banderole très appréciée et un groupe ouvert à tous. La dénonciation de la violence fasciste — et de l’hypocrisie des institutions qui récupèrent politiquement les vagues migratoires pour imposer à travers le chantage et la peur le contrôle militarisé de la société et du territoire — s’est unie dans nos cœurs et dans nos mots d’ordre à la solidarité internationaliste en faveur des travailleurs en lutte contre l’exploitation et des peuples en révolte contre le Capital. Nombreux ont été ceux qui, voyant notre groupe, y ont trouvé un lieu d’authentique et libre expression de leur propre tension antifasciste, bien différent de l’ignoble passerelle électorale dominante et des anciens comme des nouveaux partis. En tant que compagnes et compagnons milanais, nous avons exprimé les contenus de notre réflexion et de notre lutte à travers deux tracts que nous avons distribués jusqu’à épuisement du tirage. Nous avons été très satisfaits du déroulement de la manifestation à Macerata et de de la présence anarchiste.

Anto - FAI Milan
PAR : Collectif
Traduit de l’italien par Monica Jornet.
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