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par Patrick Schindler le 1 avril 2023

En avril le rat noir ne se découvre pas d’un livre

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En avril, le Rat Noir vous invite à passer Un Noël à Ithaque, avec Gilles Ortlieb. Participer à la Table ronde sur le Polar grec organisée à l’IFG d’Athènes. Découvrir le numéro de Desmos sur le même thème. Ensuite, Deux lettres échangées entre Albert Einstein et Sigmund Freud. Découvrir ces « Aryennes d’honneur » avec Damien Roger. Lorsque les Gilets jaunes croisent la littérature, Jehan van Langhenhoven n’est pas loin ! Découvrir ensuite, Le sexe des pierres par David Wahl. Les migrants Des îles II, de Marie Cosnay. Le Brésil de Patrice Montagu-Williams et L’anarchisme chrétien avec Alexandre Christoyannopoulos.

« Tout véritable artiste crée sa forme propre à la manière dont un mollusque sécrète, de son être même, sa coquille »
André Gide Interview imaginaires


Gilles Otlied : Un Noël à Ithaque



Gilles Ortlieb est né en 1953 au Maroc. Il fait sa scolarité en France, ses études de Lettres classiques à la Sorbonne puis étudie le grec moderne aux Langues O’. Il enchaine ensuite les petits boulots, marionnettiste et gardien de nuit, avant de partir à la découverte du monde. Après son service militaire, il multiplie les voyages en Grèce et dans les pays méditerranéens. Il s’installe au Luxembourg comme traducteur pour l’UE, collabore à de nombreuses revues littéraires et publie ses premiers textes. Il a, entre autres, traduit Constantin Cavafy, Georges Séféris et Nikos Kavvadias.


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Un dimanche 19 décembre, Sali (île de Céphalonie). Gilles Otlieb monte à bord de L’Heptanossos, un ferry « dépeuplé » pour aller passer Un noël à Ithaque (éd. Le Temps qu’il fait). Morte saison. Touristes et familles grecques manquent à l’appel. Il est le seul client du seul hôtel ouvert dans la capitale de l’île.

Dans la langueur hivernale, il a tout loisir de décrypter les messages laissés en jachère jusqu’à la prochaine saison estivale. « Quelques carcasses de vélos, treilles séchées, grenades éclatées comme autant de dépouilles ». Déambuler dans ces rues qui portent les traces de l’épopée d’Ulysse. Un seul Peripteros [note] est ouvert sur la place du village. Plus loin, un clochard solitaire. Dans un café, « Quelques vieux et un groupe d’Albanais regroupés dans un coin qui parlent le grec avec un accent ionien ».

Jusqu’à son départ, Gille Otlieb ne s’arrêtera que devant ces quelques tableaux. Ignorant ou voulant ignorer « les drames éventuels, les jalousies et rivalités qui empoissonnent certainement la vie de plus d’un ilien ».

Le 22 décembre, dans le seul café ouvert, il assiste à une scène « historique » pour la petite communauté, que nous vous laissons découvrir. Un peu d’animation en ville le 24 et calme plat le 25. Une tempête sévit ce jour-là. La relative agitation ne reprend que le jour de son départ, le 27.

Visions fugitives d’un voyageur solitaire passant un Noël à Ithaque, auquel aucun détail n’échappe, aucun de ces « petits riens » !



Février 2023. A peu près le même spectacle dans l’Île d’Agisti : « Lampadaire hygiénique », photo Tomas Fenollosa

Soirée Polar à l’IFG (Institut Français de Grèce, Athènes)



De gauche à droite : Kostas Kalfopoulos / Petros Markaris / Benoît Mouchart et Makis Malafékas. Photo Patrick Schindler.

« L’évolution du polar et du néo-polar, de Georges Siménon à Jean-Pierre Manchette », tel était le thème de cette soirée animée par Kostas Kalfopoulos, (rédacteur en chef du Magazine Polar).

Pour invités, trois écrivains. Petros Markaris (présenté dans de précédentes chroniques) ; Benoît Mouchard, (ancien directeur du Festival BD d’Angoulême) et Makis Malafékas. Tous les trois ont souligné les similitudes entre le polar français et le polar grec, « américanisés » durant les Trente Glorieuses, gravitant « entre Karl Marx et Coca-Cola », selon l’expression de Jean-Luc Godard !

De nombreux auteurs refusant cette évolution, d’autres, « faisant avec ».

Malafékas a insisté sur l’histoire du roman policier, des « années euphoriques de la Libération, jusqu’au désenchantement et la méfiance envers les institutions ». Il a évoqué ensuite la Série Noire, initiée par Marcel Duhamel « cet ancêtre et bible du polar en France qui a plongé ses racines dans les textes des grands auteurs américains tels, Dashiell Hammet, considéré comme le fondateur du roman noir et Raymond Chandler, qui a largement participé à son expansion et qui a influencé jusqu’aux écrivains espagnols et d’Afrique du Nord ».
Ainsi est né en France, le mythe du « voyou loyal de Pigalle contre le flic solitaire ».

Les invités ont tous souligné l’influence de Georges Simenon et de son « style tragique œdipien » sur le polar, mythe avec lequel Jean-Pierre Manchette fut le premier à rompre dans les années 70. « Ce dernier ayant alors, "radicalisé" en quelque sorte le crime, pour dénoncer l’injustice sociale et mettre en avant l’aspect psychologique et individuel du héros, le replaçant dans l’ensemble du prisme sociétal tout en évitant le piège du tueur en série qu’il considérait "hors champ" ».

Benoît Mouchart et Makis Malafékas ont tenté une comparaison entre JP Manchette et JL Luc Godard, tous deux issus de la « mouvance marxiste/situationniste ».

Pour Malafékas, Manchette évoluait dans une dynamique bipolaire, partagé entre littérature et cinéma, alors que Godard à son grand dépit, ne réussit jamais à investir le champ littéraire.

Petros Markaris est intervenu pour souligner cependant leur complémentarité, l’un rêvant de devenir cinéaste, l’autre romancier ! Il s’est ensuite lancé dans comparatif Simenon/Manchette « bien que leurs univers n’aient aucun lien étant issus de milieux sociaux très différents ». Manchette, enfant typique des Trente glorieuses et Siménon, issu de la bourgeoisie belge, ayant fréquenté la bohème parisienne, mais n’ayant jamais entrepris une quelconque critique sociale.

Pour Mouchart et Malafékas, Manchette est un « enfant de la crise » pour lequel, selon ses dits, le polar était « un moyen comme un autre de faire du fric dans une société marchande » !

En conclusion, Markaris a tenu à comparer le Maigret de Simenon et son héros, Charitos, tous deux flics petits-bourgeois à l’esprit conservateur, patriarchal et pareillement obsédés par la tranquillité de leur petite famille et la bonne bouffe !
À la suite du débat, l’IFG a projeté le film Le Choc d’après le scénario de Manchette avec Catherine Deneuve, Alain Delon et Philippe Léotard.
Propos recueillis par Patrick Schindler.

Revue Le lien "Desmos" : La Grèce et le polar



Au sujet du polar, à signaler : le numéro 30 de la revue Le Lien « Demos », La Grèce et le polar (2009).

Henri Tonnet y retrace l’histoire du polar grec et de son développement tardif à partir de 2008.

Suit un focus de GA Leontaritis sur Yannis Maris, auteur considéré en Grèce comme « le père du polar ». Né en 1919 dans l’île de Skópelos, après ses années militantes au sein du PS grec et son engagement dans la Résistance sous l’Occupation, il devient journaliste à partir de 1945, mais est poursuivi et déporté à Voula. Ce n’est qu’en 1953, qu’il publie son premier polar Meurtre à Kolonaki en feuilleton dans un magazine. Nombre de ses polars évoquent la période de la Résistance, la vie athénienne dans les quartier populaires durant les années 50/60, son cosmopolitisme et sa petite bourgeoisie montante.

Le troisième article est une étude sur le provincialisme dans son œuvre, rapprochant son héros, Bekas, du commissaire Maigret de Simenon, dont il s’est beaucoup inspiré. Si Maigret est l’archétype d’un individu de la France profonde, Bekas représente l’archétype du petit bourgeois grec.

L’article suivant présente des extraits de deux polars d’auteurs d’époques différentes, deux mondes radicalement opposés. Une femme sans doute plein d’imagination de Yannis Makis, critique de la femme sophistiquée. A l’opposé, Minuit dans le jardin du bien et du mal de Fontas Ladis, qui met en scène l’univers des bookmakers dans l’Athènes contemporaine.

Suit un extrait d’un autre polar de Yannis Makis, La disparition de John Avlakiotis qui fait revivre l’atmosphère athénienne d’entre les deux-guerres. Un monde corrompu par la haute finance et la mainmise des chefs de la Sureté au temps de la dictature de Metaxas.

Le dossier s’achève avec un extrait du premier chapitre de l’autobiographie de Petros Markaris, dans lequel raconte son enfance à Constantinople, au sein d’une famille d’origine helléno-arménienne repliée sur elle-même. Puis, Markaris raconte « non pas comment il est allé vers le polar, mais comment le polar est venu à lui ». Les affinités et différences entre son héros et celui de Simenon.

Les pages du recueil sont agrémentées de reproductions d’affiches populaires et de magnifiques photos de Konstantinos Megalokonomos, évoquant l’Athènes des années 50/60.

In fine, face à la pénurie actuelle, la question que se posent les auteurs de la revue est : le polar grec est-il en attente d’une nouvelle génération d’auteurs ?

Albert Einstein / Sigmund Freud : Pourquoi la guerre ?



Dans sa préface de Pourquoi la guerre ? (Éd. Rivages poche, trad. Blaise Briod), Christophe David cite ce commentaire de Denise Rougemont : « On peut regarder cet échange épistolaire entre deux génies de premier ordre, comme un météorite tombée du ciel humaniste où Goethe s’entretiendrait éternellement avec Schiller ».
Puis, Christophe David résume le rôle que joua Albert Einstein au sein de la Société des Nations (dont il démissionna trois fois pour des raisons d’éthique). Il peint ensuite les rapports entre Einstein et Freud, marqués d’une admiration commune mais aussi, quelques divergences et pas des moindres.

Lesquelles nous allons découvrir dans deux lettres échangées en 1932, par ce couple détonnant : un scientifique pacifiste radical et un psychanalyste plus sceptique. Einstein et son humour décapant qui déclare au sujet de la psychanalyse : « Je préfère de beaucoup vivre dans l’obscurité de celui qui n’a pas suivi d’analyse ! ».

Suit une genèse de l’histoire tourmentée de ce recueil, paru quelques mois avant l’incendie du Reichstag (fév. 1933). Il sera interdit par Hitler et subira l’autodafé des SS. Pensez donc : un brûlot antimilitariste écrit par deux intellectuels juifs ! …

Albert Einstein écrit à Sigmund Freud pour lui demander pourquoi à son avis, « Une minorité possédant l’école, la presse et presque toujours les organisations religieuses, arrive à assouvir ses appétits qui dégénèrent en psychose collective et pousse la grande masse du peuple dans une guerre dont elle ne retire que souffrance et appauvrissement ? » et « Comment armer l’homme contre cette tendance de haine et de destruction ? »
En réponse, tout le registre de Freud va y passer. La relation entre le droit et la force, l’instinct de haine, la violence inerrante à l’histoire de l’humanité, etc. Freud, tout comme Einstein, égratigne au passage la SDN. Bien d’autres sujets sont abordés par les deux hommes dans un échange de haute volée.

Concours d’intelligence impossible à résumer !

Damien Roger : Aryennes d’honneur



Photo envoyée par Damien au Rat noir.

Damien Roger est né à Carcassonne en 1987. Après Sciences Po et l’ENA Toulouse, il rejoint le ministère de la Culture. En parallèle, il collabore à différentes revues et effectue des recherches historiques. Passionné d’Histoire, et tout particulièrement de la Seconde Guerre mondiale, Damien a écrit et envoyé Aryennes d’honneurs (éd. Privat) au Rat noir.
Dès les premières pages, il nous prévient « Ce livre est un roman, mais les faits qui y sont relatés sont bien réels ».

Ces faits, il a mis trois ans à les pêcher dans les archives, biographies et ouvrages historiques. Trois destins singuliers. Trois femmes. Deux sœurs, Marie-Louise et Lucie, ainsi que leur cousine Suzanne. Toutes issues de la même famille riche juive de banquiers, les Stern. Elles grandissent dans les hautes sphères du VIIIe arrondissement, dans le Paris proustien de 1900, sous la IIIe République. Damien nous entraîne tout d’abord dans Le Secret de la rue de Constantine. Le narrateur, un petit provincial vient y passer ses vacances, débarque chez sa tante, concierge dans un immeuble bourgeois de la rue Constantine, dans le très chic VIIe arrondissement de Paris. Il est fasciné par les habitants de l’immeuble et plus particulièrement par une vieille marquise prénommée Marie-Louise. Elle vit seule dans son grand appartement, au dernier étage. En lui montant une course, il découvre chez elle un univers étrange, mi-oriental et désuet. Resté un moment seul, fasciné mais honteux, il lui dérobe une vieille photo dédicacée par une certaine « Annie ». Bien des années plus tard, alors qu’il vide l’appartement de sa mère décédée, il retombe accidentellement dessus. Mordu de curiosité, il veut en savoir plus sur cette Marie-Louise et l’énigmatique Annie, toutes deux disparues depuis longtemps. Il commence son enquête et découvre que la première faisait partie des rares Ehrenarier ou, « aryennes d’honneur ». C’est-à-dire des personnes d’ascendance juive ayant obtenu sous le gouvernement de Vichy, une dérogation aux règles raciales qui les exemptent de porter l’étoile jaune. C’est ainsi que pénétrons dans leur petite histoire.

La deuxième partie, Le monde d’hier, dévoile petit-à-petit, le destin de Marie-Louise ainsi que ceux de sa sœur Lucie et de leur cousine, Suzanne. Elevées dans la tradition juive avec plus ou moins de conviction, elles font toutes trois, de beaux mariages d’alliance avec la fine fleur de l’aristocratie. On découvre alors Ernesta, la mère des deux sœurs Stern. Personnage haut en couleur qui tient salon où se croise le « tout Paris ». Notamment Marcel Proust et son ami, Reynaldo Hahn. Monde d’hier suranné, marqué par « l’affaire Dreyfus », mais qui va bientôt disparaître.

En effet la troisième partie, La fin de l’innocence, annonce les terribles heures de la Guerre 14/18, durant laquelle Marie-Louise fait, par hasard, la connaissance du couple Pétain. Le maréchal, le « héros » et sa femme, une certaine… Annie ! Les années s’enchainent. On assiste à la montée de l’antisémitisme, l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne, le Front populaire en France, la Guerre civile en Espagne, etc., etc. Partout et toujours les mêmes « coupables » désignés : les Juifs, les communistes et les francs-maçons.

Damien, sous le masque du narrateur pousse ses recherches. Nous allons alors vivre ces heures en compagnie de ces « femmes juives aristocratisées ». Suivre l’une dans une chasse à courre organisée par un certain Goering à Berlin. L’autre dans les salons madrilènes des sympathisants du « Caudillo ». Elles sont bien obligées, statut oblige, d’y faire « bonne figure ». Pourtant, elles n’en pensent pas moins, prenant petit-à-petit conscience de la réalité. La réalité ? « Une bombe lancée sur le Reichstag, des slogans de haines contre les magasins juifs, des insultes déguisées dès qu’elles tournent le dos, des "Judia" à Madrid, des "Juden" à Berlin ! Les regardera-t-on encore longtemps comme des aristocrates ou redeviendront-elles tout simplement "des juives" ? »

Nous arrivons au « Temps des épreuves ». La Seconde guerre mondiale est déclarée. Avec une véracité confondante, Damien nous fait alors revivre toutes les catastrophes qui se succèdent à un rythme infernal. Débâcle, exode, fuite du gouvernement à Vichy, moitié de la France occupée, rationnée, etc.

Que deviennent alors nos trois héroïnes ? Comment vivent-elles les premières restrictions, les premières lois raciales, l’exposition antisémite parisienne « Les Juifs et la France », l’obligation pour les juifs et demi-juifs de porter l’étoile jaune ? La délation, les rafles, les emprisonnements et les premières expéditions vers les camps de la mort ? Combien de ces juives française issues de la « haute-société » y échapperont-elles ? Pour combien de temps ? Combien en sortiront vivantes ? Et si jamais parmi ces trois femmes, ces trois « Aryennes d’honneur », une par miracle en réchappait, comment la qualifierait-on lors du terrible épisode de « l’épuration » ? De « femme déchue » ? De « salope » ? De « juive honteuse », ou de « sale collabo » ?

C’est toute l’originalité de ce magnifique roman historique de mettre le doigt sur un épisode jamais abordé jusqu’alors : les rapports alambiqués entre ces quelques « juifs privilégiés de classe » et un couple aussi ambigu que celui des Pétain. Damien Roger ressort ici une page d’histoire trop longtemps restée enfouie parmi les « cartons de la honte » d’une France occupée. Merci à lui !

Interview de Damien Roger


Monde libertaire : Damien, pourquoi t’es-tu particulièrement passionné pour le destin de ces trois femmes ?
Je suis passionné par la période de l’Occupation. La question des exemptées du port de l’étoile jaune n’avait jusqu’à présent fait l’objet d’aucune étude historique ni d’aucune publication de fiction, sans doute en raison des questions éthiques vertigineuses qu’elle pose. Ces femmes vivent une situation de déracinement identitaire très forte, que l’on pourrait presque qualifier de schizophrénique : leur trajectoire les a conduits à se détacher de leur identité juive pour faire corps avec leur nouveau milieu qui, s’il les a accueillies pour leur fortune, les rejette en même temps pour leurs origines.

Au fur et à mesure que tu écrivais ton livre, ton regard sur ces trois « aryennes d’honneur » a-t-il changé au fil de ce que tu découvrais sur leurs vies ?
Sans doute me suis-je progressivement attaché à mes trois protagonistes. La question du déchirement identitaire, de l’écart social, de la difficulté d’être de plusieurs mondes sociaux à la fois et des implications politiques que cela engendre, sont des questionnements qui me touchent très personnellement.

Il semble que tu aies pris beaucoup de plaisir à écrire la partie consacrée au « monde d’hier », celui du Paris de Marcel Proust. Quelles ont été tes sources d’inspiration ? Ce roman puise en effet dans l’univers proustien du Paris 1900 ; il doit aussi à des auteurs comme Louise de Vilmorin dont j’admire la virtuosité de la langue et le « classicisme Grand Siècle ». Ce texte s’enracine également dans l’œuvre de Patrick Modiano. Enfin, ma troisième source d’inspiration est sociologique. J’ai été très marqué par le travail de Chantal Jacquet et Didier Éribon. Leurs ouvrages m’ont apporté les clés pour comprendre les mécanismes de domination sociale, de rejet, de haine de soi que j’aborde dans le roman.

Merci Damien pour ces réponses et encore un grand bravo pour ce formidable travail de mémoire, comme les apprécie particulièrement, les lecteurs du
Monde libertaire.


Jehan van Langhenhoven : Gilets jaunes et littérature



Jehan van Langhenhoven est né en 1952. Il a passé son enfance dans la banlieue de la « ceinture rouge ». A 16 ans, il intègre l’Ecole normale d’instituteurs, découvre la littérature : Gide, Lautréamont, etc. et vagabonde la nuit. Il rencontre Jimmy Gladiator, « porte ouverte sur le surréalisme » et fonde avec lui, plusieurs revues de poésie. Lorsqu’il rencontre Hélène et l’Italie : c’est décidé, il ne sera pas instituteur, mais poète et écrivain ! Auteur de nombre d’ouvrages iconoclastes, dont les derniers ont été évoqués dans de précédentes rubriques. Jehan est également l’animateur de l’émission Ondes de chocs sur Radio libertaire, qui prévient en ces termes ses invités potentiels : « Neutres et pédants s’abstenir ».



Comme le faisait remarquer une amie au Rat noir, « les hasards littéraires sont curieux » : quelques jours après la table ronde sur le polar où il a été beaucoup question de Jean-Pierre Manchette, Jehan van Langhenhoven m’envoyait son Gilets jaunes et littérature (éd. L’Harmattan).
Petit volume dans lequel il est beaucoup question de cet auteur incontournable du polar. Mais, avant toute chose, Jehan tient à nous rassure dans sa préface (on n’est jamais mieux préfacé que par soi-même !) : « Il n’est ici nullement question de faire l’analyse ou l’apologie du mouvement ». Ce récit s’inscrit plutôt « dans le frisson de circonstances, de paroles, la fiction dépassant la fiction pendant que les experts dissertaient sur ce film à grand spectacle, donné dans la rue ».

Son histoire avec Emilienne « une infirmière fatiguée, la trentaine et férue de littérature », commence en effet sur le Rond-point des Bergères, entre Nanterre et Puteaux, un matin du 1er mai 2019. Jehan rentre de son boulot de gardien à La Malmaison de Joséphine de Beauharnais (un très beau passage à ce sujet). Ils sympathisent. Jehan offre un polar de Jean-Pierre Machette à cette « muse facétieuse et tragique ».

Tragique car on le sait d’entrée, son histoire ne sera pas longue. Elle chope le corona virus et fait un premier séjour à l’hôpital. Réapparaissant sur le rond-point un beau matin, elle est surprise de voir que le mouvement des Gilets jaunes s’est transformé durant son absence, en une espèce de « distraction-spectacle », récupéré par les médias et « ayant échoué dans les mains de réactionnaires d’essence et de militants purs et durs, ce qui souvent renvient au même ». Un mouvement qui, au cours des mois, va terminer entre les mains « des antipacs, antivacs,
répondant aux sirènes racoleuse de l’extrême droite, entre croix de Lorraine et étoiles jaunes déplacées
».

Avant cette « dé-bandade », Jehan parviendra une seule fois, à inviter Emilienne pour une promenade bucolique sur les bords de Seine. A Chatou, face à l’île des impressionnistes. Merveilleux souvenir d’une conversation à bâton rompu, complicité et plus : affinités. Mais, comme toujours « la vie sépare ceux qui s’aiment, tout doucement, sans faire de bruit », Emilienne va encore disparaitre et partir sans laisser d’adresse.

Véritable obsession pour Jehan. Il ne lui restera qu’à lire et relire ses courtes lettres et penser à elle partout où, l’âme en peine, il traîne dans Paris.

Merveilleux voyage que nous vous laissons découvrir en sa compagnie. Dans des lieux magiques et pas en compagnie de n’importe qui : Guillaume Apollinaire, Jean Rabaut, Borges, Brecht, Mallarmé, Shakespeare, Camus, Burroughs, Césaire, Restif de la Bretonne, et j’en passe.

C’est tout le charme des bouquins de Jehan, cet « agitprop pur jus anar, incapable de s’arrêter sur une seule chose, incapable s’y concentrer, appelé par dix autres en même temps à la fois » ! Et ce, pour notre plus grand plaisir. Un cocktail explosif d’humour, d’autodérision et d’érudition ...

David Wahl : Le sexe des pierres



David Wahl est né en 1978. Comédien, dramaturge et écrivain, il s’emploie à tisser des liens entre différents domaines souvent séparés : théâtre et science, recherches savantes et récits populaires, savoirs et curiosités. Il est l’auteur de plusieurs « causeries », dont Le Sale discours, paru aux éditions Premier Parallèle en 2018. Nos cœurs en terre, spectacle tiré du Sexe des pierres, a été créé au festival d’Avignon, avec Olivier de Sagazan, en 2021.



Les éditions Premier Parallèle ont envoyé au Rat noir, Le sexe des pierres de David Wahl.

Ce petit recueil s’ouvre sur cet épigraphe (une phrase attribuée à Leibniz) : « Le marbre aussi a ses idées, quoiqu’extrêmement confuses ». David Wahl nous souhaite « d’aimer autant que lui les cailloux » !
Dans la première partie, il nous embarque partout où les pierres (ou la terre) se mêlent étroitement aux hommes. Tout d’abord à Castres, où se trouvait en 1650, la maison de l’érudit, « Pierre ». Scientifique touche-à-tout qui considérait que la terre était un organisme vivant « dont certains éléments évoquent les parties génitales des humains » ...
Wahl nous invite ensuite à découvrir l’histoire de l’argile, « première molécule carbonée nécessaire à la vie future ». Puis, celle du « virus de la mosaïque de tabac », qui cristallise ce dernier et le transforme en « être de pierre ». Le mystère de la grotte d’Arcy-sur-Cure, dans l’Yonne, « où les hommes sculptaient la terre avant de la cultiver ». A Prague ensuite, où au XVIème siècle, la légende du Golem « fut reprise dans le but d’effrayer les organisateurs de pogroms juifs ».

Nous voyageons beaucoup, car il nous transporte aussi au Japon, dans un village où se déplie chaque année, un étrange cortège accompagnant les jeunes mariés.

Dans la seconde partie, il nous raconte d’autres histoires « d’hommes-paysages », pas très éloignés des « paysages-hommes » évoqués dans la partie précédente. Ces Indiens des îles indonésiennes qui peuvent descendre sans équipement jusqu’à 70 mètres de profondeur. Ces Kaweskars, nomades autochtones adaptés aux dures conditions atmosphériques des environs du Cap Horn, etc., etc. Autant d’étapes aux pays de ces minéraux et humains fantastiques qui « parfois se cachent sous nos fenêtre, parfois à l’autre bout du monde » !

Marie Cosnay : Des îles II



Marie Cosnay est née en 1965, à Bayonne. Ancienne professeur de lettres classiques, elle est traductrice de textes antiques, écrivaine et militante pour l’accueil des migrants. De ses voyages dans les îles où échouent les migrants, elle a rapporté la matière pour un premier récit paru aux éditions, L’Ogre, Îles I, Lesbos 2020, Canaries 2022 et un second, présenté ici.

« Là de nouveaux venus, en nombre immense, ont afflué vers nous, hommes, femmes, jeunesse, bien pitoyable foule assemblée pour l’exil de partout, emportant ses biens et son courage, prête à voguer »
Virgile Enéide, chant II




« Au commencement, je souhaitais aller sur les îles Lesbos, Canaries, Lampedusa. Elles avaient le point commun d’être situées entre le continent européen et les pays d’où les personnes quittant le leur, s’embarquaient. Des personnes qui pour la plupart, disparaissent, ni plus, ni moins ». Mais, depuis, les restrictions de déplacements imposés par le Covid, les fermetures de frontières n’ont fait qu’empirer les choses. « Ne restent alors aux migrants qu’à flotter dans une sorte d’abîme ». C’est dans ce contexte que Marie Cosnay a écrit Des Iles II, les îles Faisans (éd. de l’Ogre).

Des histoires de migrants, ballotés entre la vie et la mort. « Une mort souvent programmée par le retournement des textes protecteurs contre un grand nombre d’individus, tandis que seule contre tous, une poignée de bénévoles tentent de leur ouvrir une porte quand elle est fermée ».
Tout au long de ce livre incontournable, nous allons les suivre dans leurs péripéties et les nombreux pièges dans lesquels ils sont tombés.

Quelques exemples.
Comment « resusciter » Souleyman aux yeux de ses parents qui le considèrent déjà comme mort ?
Comment ramener et enterrer selon les rites, le corps noyé de Yaya Karamado dans son pays d’origine ?
Comment aider la petite Fatou (dix ans) restée au Maroc, alors que ses parents embarquaient clandestinement pour l’Espagne ?

« Ces "histoires" qui paraissent "simples" quand on les lit dans les journaux, mais qui sur le terrain, sont toujours plus compliquées qu’elles n’y paraissent. Au fil des témoignages, elles deviennent de plus en plus invraisemblables, abracadabrantes. Parfois aussi, ces histoires se croisent, s’entrechoquent malencontreusement entre-elles. Coïncidences, malentendus, culpabilité ».

Pour autant Marie Cosnay et ses amis bénévoles cités dans chaque exemple, ne lâchent jamais. Même au bout de la fatigue, de l’épuisement, ils continuent contre vents et marées, à tirer les fils emmêlés de ces drames individuels ou collectifs. Disparitions, suicides, corps broyés sous un TGV, noyades en mer ou dans une rivière dangereuse qui sépare deux frontières. « Des accidents ? Après neuf morts au même endroit : on ne peut plus parler d’accidents », affirme Marie Cosnay.

Comment donner à ces migrants « égarés, morts-vivants ou carrément morts », un nom, une identité, une famille ? Comment prouver la responsabilités des coxeurs et des « passeurs profiteurs et trafiquants, certains voleurs, souvent violeurs et parfois même, criminels » ? Comment affronter, pour les familles d’accueil, les traducteurs et les administrations, en l’absence de véritables règles entre les différentes réglementations ? Le flou artistique, partout et toujours ! De nouvelles demandes, incessantes, sans fin : preuves d’ADN, actes de décès inaccessibles, délais retardés pour X raisons. Parfois brille une petite lumière venant d’éducateurs compréhensifs, de psys, d’assistantes sociales, de la solidarité de quelques aidants et de la bonne volonté des pompiers. Du côté des familles des migrants : la peur omniprésente. Difficultés de traduction, communications avec le pays hors de prix, exigences familiales, mutilations infantiles, envoûtements … Et toujours, « les femmes, victimes absolues » qui se débattant contre les interdits de tous genres.

« C’est ce monde-là que j’ai fui », avoue un jeune homme lors de son témoignage. Côté répression : le « secret » comme propriété. Vérité sur la mort confisquée. « Le contexte international criminalisé a bon dos et est devenu l’obsession de toutes les polices ». Sans compter avec le nouveau « refus d’obtempérer ».

« On constate qu’en septembre 2022, le nombre des morts a considérablement augmenté, victimes de la police française, marocaine aux ordres de l’Espagne, elle-même aux ordres de l’UE. Résultat : un véritable massacre ! », alerte Marie Cosnay. Alerter, nous souffle-t-elle, "pour empêcher les gens de fermer les yeux, de se laisser gagner par la lassitude et l’indifférence et continuer à dire « Nous ne savions pas" ».

Oui, maintenant : « On sait », grâce à tous ces témoignages, alarmants, émouvants ou cauchemardesques, recensés par l’auteure.

Patrice Montagu-Williams : Brésil



Après avoir travaillé dans l’informatique, puis dans le commerce international et avoir vécu longtemps au Brésil, Patrice Montagu-Williams a été consultant en Arabie saoudite au Qatar. De son expérience est née sa vocation à écrire sur « la vie dans les bas-fonds et les destins chaotiques ».



« Oubliez un instant les habituels clichés : le football, la samba et le carnaval, mais aussi la violence et la corruption. Chaussez de nouvelles lunettes et laissez-vous guider dans ce pays où l’on prend racine avec les yeux (selon Blaise Cendras) » … C’est sur ce conseil que Patrice Montagu-William introduit son livre, Brésil (éd. Névicata).

Apprendre à mieux regarder donc, ce cinquième pays de la planète par sa superficie « où cohabitent de nombreuses minorités et fait notable, une quasi-absence de problèmes raciaux, due au fort métissage de la population ». Un pays pour autant, malmené où les inégalités sont parmi les plus criantes du monde et devant faire face à une terrible poussée de violence urbaine (85% de la population vit en ville). Nous voilà prévenus.

Nous commençons ce voyage à Rio de Janeiro « cette ville dangereuse qui change en permanence ».
Patrice nous raconte ensuite son premier voyage durant l’été 1968 et toutes les rencontres qui lui ont fait mieux connaitre et aimer le Brésil. Sa découverte de l’Amazonie : le Pantanal. La plus grande réserve mondiale de la biosphère (200.000 km), « un monde hors du temps, inimaginable pour nous » dont il va nous faire découvrir les richesses insoupçonnées. Sao Paulo, « ville anthropophage qui avale tout, la laideur et la splendeur, le pire et le meilleur ». Salvador de Bahia surnommée « la Rome noire » où la majorité de ses 3M d’habitants sont d’ascendance noire, « l’une des villes les plus authentiques du Brésil ». Brasilia, la capitale admirative de l’état fédéral « issue du fantasme utopique de l’élu à la présidence en 1956 », qu’en est-il aujourd’hui ?
Patrice Montagu-Williams tient ensuite à relativiser la vision angélique du métissage et cite nombre de différences entre Blancs, les Noirs et Métis. Toutefois, il est vrai que contrairement aux colonies espagnoles qui se sont scindées en 9 pays, le Brésil, lui est resté, un.

Il nous parle ensuite des religions, mélange de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines et l’influence des églises évangéliques qui s’est développée et est notamment à l’origine de l’élection de Jair Bolsonaro (extrême-droite).

Patrice donne ensuite la parole au cinéaste belge, JP Ditilleux à propos de la dramatique déforestation de la forêt amazonienne ; il nous montre ensuite la réalité des Favelas, de l’impact des milices dans la vie courante, « ces organisations qui, avec la police militaire et civile, font trois morts par jour, en moyenne » !

Il nous entraîne ensuite dans la riche histoire de la musique brésilienne, de la littérature d’hier et d’aujourd’hui et de l’omniprésence des Novelas, ces séries si populaires au Brésil.

Suit, une interview d’Isabel Lustosa sur l’histoire brésilienne, la colonisation portugaise, l’esclavage (différente de celles, espagnole, anglaise, française et hollandaise), des quilombos (ces communautés de "Nègres marrons)" et ce, jusqu’à l’abolition.

Isabel Lustosa s’exprime ensuite sur les résultats catastrophiques du mandat de Bolsonaro, la croissance exponentielle de la violence (219 % d’augmentation des armes dans certaines ville) et des inégalités, de la misère, du chômage de masse, etc. Dans la seconde interview, l’économiste Claudio Frischtak explique longuement les difficultés du pays à se développer, l’industrialisation tardive d’un marché fermé, le faible niveau d’éducation, la paupérisation des classes les plus pauvres, le racisme, héritage de la colonisation et de l’esclavage. Il jette un regard négatif sur les années Lula et plus encore sur celles Bolsonaro, nous explique ses doutes quant à une transition qu’il juge difficile pour un nouveau gouvernement « opportuniste, médiocre, malhonnête » et dénonce une classe dirigeante « prédatrice et corrompue à tous les échelons » ! …

Ce petit recueil mérite donc bien son sous-titre : « Brésil, les colère d’un monstre ». Et ce monstre sera-t-il capable, après l’éclosion populiste, de se réinventer ? Who knows ?

Restons au Brésil, le Rat noir vous propose d’écouter « Voltei » par Rolando et Luiz Antonio, mes feus-amis du groupe mythique des années 80, Les Etoiles

Alexandre Christoyannopoulos : L’anarchisme chrétien



Alexandre Christoyannopoulos est né à Bruxelles en 1979. Franco-grec, il se définie comme écrivain et « essayiste chrétien libertaire ». Il se situe en effet dans la mouvance de « l’anarchisme chrétien », fondée par Léon Tolstoï, assez peu connue du public, voire des autres tendances de la galaxie libertaire !



Dans la continuité de L’histoire de l’anarchisme de George Woodcock (rubrique de février), les éditions de l’Atelier de création libertaire ont envoyé au Rat noir, L’anarchisme chrétien, un commentaire politique de l’Evangile, (trad. JM Dumortier, S Buissart), thème peu abordé par Woodcock.
Dans l’avant-propos, Alexandre Christiannopoulos nous explique que son essai lui a demandé six années de recherches sur l’anarchisme chrétien, « rarement compris ». C’est justement son objectif de l’expliquer à travers les critiques et commentaires émis par les principaux penseurs du mouvement.

Il étudie en détail les arguments de Léon Tolstoï (son principal acteur), Jacques Ellul (sociologue de la théologie), Vernard Eller (de tradition anabaptiste), Michael Elliott (de la contre-culture chrétienne), Dave Andrews (adepte du pragmatisme). Mais également ceux développés par les Catholic Workers et autres penseurs affiliés (P Chelcicky, A Ballou, C Myers, W Wink, JH Yoder ou A Penner).

Premier axe : le Sermon sur la montagne. « Véritable manifeste, dans sa version originale, pour l’anarchisme chrétien en opposition à la version de l’Ancien Testament (la Torah) ». Pour Tolstoï, il s’agit du texte le plus solennel s’adressant à une foule. « L’amour, le pardon et la définition du "mal" au sens large sont le point de départ de l’opposition à l’Etat qui conduit à l’anarchisme ». Plus loin est évoqué, le concept de non-résistance, « tactique subversive et révolutionnaire non-violente s’opposant à l’Etat » (ici romain, fondé sur la violence), commenté par les principaux auteurs du mouvement).

Alexandre Chirstiannopoulos cherche ensuite le véritable sens des textes La tentation de Jésus dans le désert et La chasse des marchands du Temple, selon leurs différentes versions. Il s’arrête ensuite sur le sens politique de la condamnation du Christ, son procès et enfin sur sa crucifixion « pour des raisons de subversion ».

Sont remis en question les « guérisons miraculeuses » et autres mythes « rajoutés au fur et à mesure de la rédaction partisane des Nouveaux testaments ». Le chapitre suivant est consacré aux critiques des anarchistes chrétiens faites à l’Eglise depuis les premiers chrétiens, jusqu’à « l’Etat nation » moderne.

Le volet suivant s’intéresse à l’interprétation du testament selon Paul et aux critiques des anarchistes chrétiens concernant, le paiement de l’impôt, la désobéissance civile, la violence et la « révolution par l’exemple ».

Autre point abordé : la différence entre « l’Eglise institutionnelle » ayant entrainé le patriotisme, le nationalisme, les croisades, l’Inquisition, la répression politique et la « véritable Eglise », selon les principes du Sermon sur la montagne.

Dans le dernier chapitre, l’auteur cite des exemples de mise en pratique de l’anarchisme chrétien, prémodernes et modernes, notamment à l’appui de ceux proposés par Léon Tolstoï lors de sa lutte contre l’Etat tsariste, puis contre la violence bolchévique. Gandhi est mis à l’écart, « pas vraiment anarchiste chrétien », selon l’auteur car ne rejetant pas le patriotisme.

Dans sa conclusion, Alexandre Chirstiannopoulos se demande si l’anarchisme chrétien doit suivre le cours de l’histoire ? Il appuie ensuite sur l’importance de la séparation de l’Eglise et l’Etat.

En refermant ce dossier, particulièrement bien documenté et ouvert à la polémique, je n’ai pas vraiment été convaincu. En revanche, j’ai trouvé l’analyse du Sermon sur la montagne et certains propos assez pertinents. Particulièrement ceux émis par Léon Tolstoï, le plus engagé politiquement de ces penseurs. L’anarchisme chrétien, malgré sa spécificité et ses nombreuses contradictions avec les autres mouvances libertaires, fait bien partie, qu’on le veuille ou non, de la grande famille anarchiste !

Patrick Schindler, individuel FA, Athènes









PAR : Patrick Schindler
individuel FA, Athènes
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1

le 4 avril 2023 10:01:08 par Cath

Beau compte-rendu sur la soirée polar grec! J’ai retrouvé mon numéro 30 de Desmos, vais de suite le consulter! Merci! Belle journée Pat’

2

le 6 avril 2023 13:41:17 par Viviane

Merci cher ami, pour ces polars, ces gilets jaunes en littérature et autres pépites de moi méconnues ! Celles que je connaissais, c’était Les Étoiles, mais je ne savais pas qu’elles s’étaient éteintes... Peut-être parce qu’elles brillent encore. Merci, cher rat, de les rappeler à nous !