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Littérature
par Patrick Schindler le 28 juin 2021

Le rat noir, fin juin, toujours le museau dans les livres

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Fin juin oblige, le rat noir vous invite à un petit voyage aux couleurs grecques , avec Athos, dans le secret d’une forêt du Péloponnèse ; puis, à la découverte de la Femme de Zante de Dionysios Solomos ; du Péché de [la] mère de Geiorgss Vizyinos ; suivre les traces des exilés grecs du Pont Euxin dans les années 1920, avec Iota Ioannidou et terminer ce voyage hellène par un bon polar, L’énigme du peintre assassiné de Yannis Maris. Avant de redescendre brutalement sur terre avec l’excellente réédition d’un document d’Anne Steiner et Loïc Debray, qui nous aide à appréhender l’histoire de la RAF (Rote Armee Fraktion) dans l’Allemagne des années 70.

Maria Stefanopoulou et Athos le forestier




Maria Stefanopoulou est née à Athènes en 1958. Elle vit à Rome de 1976 à 1983, où elle étudie les lettres classiques et modernes. Elle s’installe ensuite à Paris pour faire du théâtre, tout en exerçant différents métiers, enseignante, libraire, avant de se consacrer à la littérature dans sa langue maternelle. Depuis son retour à Athènes en 1997, elle travaille comme éditrice-correctrice. Elle a publié plusieurs nouvelles tandis que son premier roman, Athos le Forestier obtient le prix de l’académie d’Athènes en 2014.




Athos le forestier
(éd. Cambourakis traduit du grec par René Bouchet, 12€) repose sur une construction solide. Ce roman met en scène à côté de son héros, Athos, quatre générations de femmes. L’histoire débute par un dialogue intérieur rapporté par Lefki, sa petite fille, très curieuse, qui nous raconte celle de son grand-père, Athos. Sa jeunesse et son amour de la nature « Quand on vit dans la nature, on s’habitue au silence. Les bergers, qui mènent une vie solitaire et silencieuse sont capables d’entendre ce qu’il se passe à une grande distance de l’endroit où ils se trouvent, depuis le versant de la montagne d’en face ou depuis la plaine, au loin, tout en bas. Ils peuvent même entendre ce qu’il se passe sous terre. » Car c’est bien l’amour de la nature qui pousse Athos à quitter sa région en 1928, pour aller étudier à l’Ecole des eaux et forêts. Nommé dans le Péloponnèse, il y rencontre Marianthi, sa future femme qui le suit de mutation en mutation. Ils mettent au monde deux enfants, Giannos et Margarita. Mais leur destin bascule tout-à-coup, un sombre jour de décembre 1943, sous l’occupation allemande. Sans dévoiler le leitmotiv qui rythme le roman, nous retrouvons plus loin, un Athos miraculeusement survivant, qui tel un animal sauvage, part se réfugier dans la forêt, loin des hommes et de leur folie. « La fuite a toujours été ma seule et unique préoccupation, dans la montagne ou au fond de moi. » Nous partageons alors sa vie d’ermite avec Kurt, un miraculé allemand pacifiste, dans sa cabane perdue dans la profondeur de la forêt. Durant les quatre années où Athos a perdu la mémoire. Stratagème du cerveau pour éviter la culpabilité du survivant ? S’en suivent des années de silence jusqu’au jour où ses souvenirs lui reviennent petit-à-petit. Et ce, grâce à Lefki qui essaye inlassablement de comprendre, de lui tirer les vers du nez. Athos cèdera et finira par révéler à sa petite-fille, ce passé douloureux par petites bribes. Mais Lifki ne lâche jamais rien. Elle veut aussi tout savoir sur sa grand-mère Marianthi et sur sa mère Margerita, ces « taiseuses ». C’est à travers leurs récits que nous découvrons alors des histoires dignes des plus beaux contes philosophiques, comme celle du « faucon blessé ». Leurs souvenirs sont surtout l’occasion de revenir sur les terribles années de l’occupation allemande, de la « Libération » et de la guerre civile grecque. Alternance de scènes parfois insoutenables, parfois morceaux de pure merveille. Peuplées de personnages aussi divers et variés que des institutrices partisanes, des anticommunistes exaltés, quelques moines généreux et courageux et une armée de ces « suiveurs », de ceux qui pullulent durant les années troubles. Nous sautons encore une génération à la fin du roman, pour nous retrouver dans la peau de Ioskas, la fille de Lefki. Quatre générations, donc, de femmes solitaires et têtues. Roman magistral qui nous fait traverser plusieurs époques de l’histoire grecque contemporaine, mais sous l’angle d’un pacifisme, mais « actif » …

Dionysios Solomos et la femme de Zante




Dyonisios Salomos, issu d’une riche famille est né le 8 avril 1798. Il est le fils légitimé du comte Nikolaos Solomos d’origine crétoise, -réfugié dans l’île de Zante à la fin du XVième siècle après la conquête de la Grèce par les Ottomans- et d’Angeliki Nikli, une de ses servantes qu’il épousa la veille de sa mort, en 1807. En 1808, Dyonisios est envoyé en Italie pour y faire ses études à Venise, puis Crémone. Il obtient sa licence de droit en 1817 et écrit ses premières œuvres poétiques, en italien. Il revient sur son île natale en 1818 et rencontre Spiridon Trikoupis qui lui suggère d’écrire ses poèmes en grec. Il s’installe à Corfou en 1825, où il commence à travailler sur sa Femme de Zante lors du second siège de Missolonghi par l’armée turque d’Ibrahim Pacha. Il réécrira ensuite en italien avant de mourir d’apoplexie 1857.




Il existe aujourd’hui autant de versions de La Femme de Zante de Georges Vizinos qu’il existe d’éditions. Ce qui rend encore plus obscure, l’insoluble énigme de cette nouvelle. Celle que nous avons reçu est une édition bilingue, (éd. Le bruit du temps, dans la traduction Gilles Ortlieb, 12€). S’agit-il d’un poème narratif, d’une satire ou d’un récit prophétique ? Tentative en tous cas, très avant-gardiste pour l’époque, d’inventer une catégorie qui les contiendrait tous. L’histoire est inspirée de scènes réelles auxquelles a pu assister Dionysios, lors du siège et de la chute de Missolonghi. Cependant entrecoupée de rajouts ultérieurs, ce qui ne fait que rajouter une peu plus d’opacité au récit. Ce n’est qu’en 1944 que l’on put lire la première traduction épargnant toute continuité au texte et donc lui gardant intact tout son mystère. Depuis, les publications n’ont fait que se multiplier. Mais entrons sans plus tarder dans le début de l’intrigue. Dionysios (prénom éponyme de l’auteur), un pope retiré dans un monastère, nous y introduit. Revenu de tout, sauf de dieu et des ciels étoilés, il porte un regard désabusé lorsqu’il les transpose à la fin de sa vie, sur les scènes dont il a été le témoin et qui n’ont pas pour autant entamées sa sérénité. Dès les premières lignes, il nous présente ainsi, Zante : « Cette femme au corps tout menu et souffreteux, à la poitrine mâchurée par les sangsues qu’elle y pose pour soigner sa phtisie. » On se croirait devant la Charogne de Baudelaire. Cette femme « à l’âme tordue et mauvaise qui n’hésite pas à afficher ses sympathies pour l’ennemi, alors même que les canons résonnent devant la ville assiégée. » Ce qui va lui attirer la méfiance, puis la haine de la populace. C’est ainsi que nous allons pénétrer dans un univers extra-ordinaire. Tout au long de l’intrigue, ce ne sont que visions d’apocalypse, malédictions, apparitions macabres, nous laissant une fois parvenus à la fin de ce petit livre, un arrière-goût bien amer, étrange. Parfums de souffre. Dans son discours du prix Nobel de 1963, Gorges Séféris dit ceci, à propos de La Femme de Zante de Solomos : « C’est un texte magnifique qui se grave profondément dans nos esprits […] qui répond aux inquiétudes des nouvelles générations, mais n’a été qu’un commencement. »

Georges Vizyinos et « le péché de sa mère »




Georges Vizyinos tire son nom de la ville où il naquit (Bizye), en Thrace orientale, alors dans l’Empire ottoman, le 8 mars 1849 dans une famille pauvre et orthodoxe. A onze ans, Georges est placé en apprentissage chez un tailleur de Constantinople. On perd ensuite sa trace jusqu’en 1868. En 1872, il s’inscrit à l’école de théologie sur l’île Halki, en mer de Marmara et devient le protégé d’un riche Grec, Georges Zarifis, grâce auquel il part terminer ses études en Allemagne. Il passe son temps à dépenser l’argent que lui envoie son protecteur ce qui ne l’empêche nullement de commencer à écrire et publier des contes dans des revues grecques. Il fréquente ensuite les milieux littéraires, de Londres et Paris. A la mort de Zarifis, Vizyinos s’installe à Athènes, mais trop éclectique et soupçonné d’arrivisme, y est mal accueilli dans les cercles littéraires. Il se transforme ensuite en chasseur d’or et achète une mine en Thrace. Un échec. Petit-à-petit, il sombre dans la folie et ses proches décident de le faire interner. Il continue cependant à écrire à l’hôpital psychiatrique. Certains de ses contemporains ont vu en lui le Maupassant grec. Il meurt, totalement paralysé en 1896.




Le péché de ma mère (suivi du Pommier de discorde, présentation et traduction Gilles Decorvet, éd. Aiora, 9€) restera certainement l’une des nouvelles les plus réussies de Vizyinos – réunissant autobiographie, psychologie et élégance. Elle se déroule sous la forme d’une espèce de polar qui nous amène, à petits pas, à nous poser de plus en plus de questions. Pourquoi la mère du narrateur, après la mort de son mari va surprotéger, Annoula, la petite sœur de la fratrie ? Pourquoi, lorsque celle-ci mourra, la remplacera-t-elle par plusieurs petites filles qu’elle adoptera, n’attachant aucune importance au fait que celles-ci soient méchantes et laides, au grand dépit des frères de la fratrie ? Pourquoi la mère fait-elle preuve d’un tel entêtement, un tel acharnement ? Nous l’apprendrons le jour où enfin, sa mère décidera de tout raconter à son fils. Sur une dizaine de pages qui constituent la seconde partie de ce petit livre, nous découvrons Le Pommier de discorde, un texte que Georges Vizyinos a fait paraître dans La semaine, une revue athénienne en 1885, période durant laquelle la Grèce était prise en étau entre deux grandes questions, celle de l’Orient et celle du choix de la langue entre le Dimotiki, populaire et le Kafarevousa, plus normé. Dans le Pommier de discorde, Vizyinos nous raconte comment il a vécu cette véritable bataille, alors qu’il n’était qu’un gamin que cette question dépassait. Délicieux.

Les exilés, d’Iota Ioannidou




Originaire de Thessalonique, Iota Ioannidou, après des études d’archéologie et d’art dramatique, travaille à Athènes comme actrice de théâtre et de cinéma et comme présentatrice à la télévision. Elle a écrit son premier roman en 2020.




Dans Exils (traduit du grec par Simone Taillefer, éd. Monemvassia, 15€), Iota Ioannidou nous raconte l’histoire d’une famille de Grecs Pontiques. Ces Grecs ayant survécu aux massacres perpétués par les Ottomans. La famille trouve une première fois refuge à Soukhoumi en Georgie. Tandis qu’il travaille au champs, Léontis, un beau jeune homme natif du pays, remarque Panaïla, la belle réfugiée d’Asie Mineure. Il en tombe instantanément amoureux. Comme le hasard fait bien les choses, il s’avère que Panaïla est la fille d’un cousin éloigné de la famille de Léontis. Un accord est donc vite trouvé entre les deux familles pour que les deux jeunes gens se marient. Cela commence comme le plus banal des contes de fée. Mais au fil de l’histoire les choses ne vont faire que se compliquer, notamment entre elle et sa belle-mère. Elles s’arrangeront même un temps où nous suivrons le jeune couple s’installer, avoir des enfants. Jusqu’au jour où, une fois encore, les Grecs pontiques sont sommés une nouvelle fois de quitter les lieux, cette fois-ci par les Soviétiques. Nous suivrons encore la famille durant son nouvel exil, confrontée à toutes sortes de difficultés. Comment tout cela finira-t-il ? Panaïla arrivera-t-elle à trouver malgré tout, un peu de paix dans cette vie de perpétuelles contraintes ? Lénotis arrivera-t-il à supporter ? Leur amour sera-t-il assez fort pour résister aux circonvolutions de l’histoire ? Comme ce sont deux « taiseux », nous l’apprendrons à travers leurs monologues intérieurs. Une histoire simple et compliquée à la fois, racontée sur un ton intime, tout en retenue, en nuances. Sur la durée : un livre magistral.

Yannis Maris, « le patriarche » du polar grec des années 50




Yannis Maris (pseudonyme de Yannis Tsirimokos) est né en 1916 dans la magnifique île de Skopélos dans les sporades, en mer Egée. Il passe son enfance à Lamia, fait ses études juridiques à Théssalonique avant de participer aux combats de la Résistance contre l’occupation allemande. Après-guerre, il est chroniqueur cinématographique et signe en tant que reporter, plusieurs reportages sur la répression des maquis communistes durant la guerre civile jusqu’en 1949. Ce qui lui vaut d’être arrêté et emprisonné à Vourla, près du Pirée. Il est libéré en 1950, à la suite d’une action internationale. C’est en 1953 qu’il publie ses premières histoires policières, dont Meurtre à Kolonaki (L’énigme du peintre assassiné, en traduction française) qui va inaugurer une longue série de succès (cinquante titres publiés en Grèce, vingt scénarios et deux pièces de théâtre). Dans les années 70, il revient au journalisme militant et entreprend un roman-vérité sur la résistance des partisans en Grèce, mais qu’il n’aura pas le temps de terminer avant de mourir en 1979. C’est sur le conseil d’Aris Laskaratos des éditions Aiora que le rat a découvert ce grand écrivain de polars qu’est Yannis Maris. Ce dernier ne fut reconnu que très tard, -à cause des années sombres durant lesquels il les écrivit-, comme le plus grand écrivain de polars de l’époque décrivant avec force, la haute société athénienne de l’après-guerre et le monde obscur des délateurs et collaborateurs enrichis pendant l’occupation et la guerre civile.
L’énigme du peintre assassiné




Lorsque l’on ouvre L’énigme du peintre assassiné (éd. Belles étrangère, 14€) et que l’on découvre l’intrigue, le premier réflexe est de se dire : « Encore un polar sur le triptyque mari trompé assassin de l’amant de sa femme » ! C’est bien mal connaître ou ne pas encore connaître le talent narratif et pernicieux de Yannis Maris. En effet, dès le deuxième chapitre, nous voilà emportés dans l’univers hyperréaliste d’un Athènes mythique des années 1950, dans une Grèce qui sort à peine de la guerre civile et dans laquelle s’épanouie une bourgeoisie accrochée à ses privilèges dans le quartier de Kolonaky. Au milieu d’une faune de gigolos, d’opportunistes qui tournent autour d’elle. Si l’on pense à priori, que c’est le financier Kostas Floras qui a tué le célèbre peintre, Nassos Karnézis à cause d’un adultère, tout le monde n’en est pas persuadé. Notamment quelques journalistes perspicaces, son propre fils, le charmant Dimitri Kanéziz et bien sûr le fameux Commissaire Békas. Et si le mobile du crime se situait plutôt dans les arcanes des sombres années de l’occupation et de la guerre civile ? A peine arrivés à la première partie du polar, nous voilà emportés dans un train d’enfer. Une intrigue magistralement menée tantôt dans les beaux quartiers d’Athènes, tantôt dans ceux populaires du Pirée. Du bon, du vrai polar, grec …

L’histoire de la RAF (Rote Armee Fraktion)




Les éditions L’Echappée ont fait parvenir au rat, un exemplaire de RAF, Guérilla urbaine en Europe occidentale d’Anne Steiner et Loïc Debray (12€). Dans la préface très synthétique de cette nouvelle édition de poche, (la première édition idoine étant épuisée) les éditeurs présentent le contexte de la naissance de la RAF (Rote Armee Franktion) en 1974. Au sein d’une Europe déchirée entre les deux blocs antagonistes (USA/URSS) et plus particulièrement perceptible à cette époque, en RFA (République Fédérale d’Allemagne), dans laquelle une certaine partie de la jeunesse choisit, face à un gouvernement répressif et dépendant des désidératas d’un impérialisme américain triomphant, de passer à l’action directe, notamment les membres initiaux de la RAF. Courte histoire qui nous est racontée ici. Ses racines remontent à l’année 1968, elle s’achève tragiquement en 1977, avec l’assassinat en prison de ses principaux leaders. Tandis que les membres de la génération suivante de la RAF seront eux, arrêtés en 1989, après la chute du Mur de Berlin. Cette seconde génération de la RAF aurait-elle été manipulée par les services secrets de la RDA (thèse déjà réfutée dans la première édition) ? C’est une des questions que vont se poser les auteurs. Document exclusif, rigoureux et exhaustif sur l’histoire de la RAF, difficilement accessible en Français jusqu’à ce jour. Ceci à grand renfort d’archives, articles, comptes-rendus de procès et interviews réalisés auprès d’anciens militants et proches de certains membres du noyau fondateur de la RAF. Complété par les archives de la Stasi (police secrète de la RDA), ouvertes en 2009.
Dans la première partie du livre, Anne Steiner et Loïc Debray expliquent l’évolution globale allant de la contestation générale à la violence marginale diffuse en Allemagne, après mai 68. Ils nous racontent ensuite l’enclenchement des actes violents perpétrés par les membres de la RAF qui vont les conduire en prison. Ils y subissent des conditions inhumaines de détention (privation sensorielle, espionnage, etc.). Chapitre le plus à même de montrer de quelle violence se montre capable un état se sentant menacé. Un chapitre est consacré aux deux années que durèrent le procès des militants de la RAF, orchestré par un gouvernement paranoïaque, durant lequel la plupart de leurs avocats se virent poursuivis et écartés, alors que les accusés ne furent pour la plupart, jamais entendus et condamnés à la réclusion à perpétuité. Nous avançons ensuite dans le temps. Le 9 mai 76, Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule. Il se révèle après enquête qu’elle était déjà morte avant la pendaison… Consternation internationale. Puis les « suicides » en prison des militants de la RAF se succèdent, tandis qu’en novembre, on apprend qu’Holger Mains est mort des suites de sa grève de la faim et de ses conditions de détention. Ceci déclenche en 1977, une seconde vague d’attentats, détournements d’avions, etc. En octobre, trois militants meurent en prison dont Andréas Baader. Les autorités allemandes avancent alors la thèse d’un suicide collectif, tandis qu’un autre membre de la RAF est retrouvé pendu dans sa cellule. Dans la seconde partie, les auteurs passent au crible, le profil des militants de la première génération (genre, origine sociale, parcours militant et terrain d’action) pour les comparer avec celui des militants de la seconde génération, sur l’appui de nombreux témoignages. Dans la troisième, Anne Steiner et Loïc Debray s’intéressent à la structure des groupes de la RAF, toujours à l’appui de nombreux témoignages d’anciens militants. Ils dressent ensuite un comparatif entre la RAF et les autres organisations de lutte armées, telles les Brigades Rouges italiennes, l’IRA irlandaise et l’ETA basque, structures plus hiérarchisées. Les auteurs épluchent ensuite les conséquences de la clandestinité et de l’isolement sur les militants, l’abandon de la lutte armée par certains, la dissidence et les trahisons d’autres à la suite du procès et des conditions inhumaines d’incarcération. Toujours à la lumière de témoignages, ils notent cependant qu’il y en eu très peu sur la quarantaine de militants du groupe initial. Quelques pages sont consacrées ensuite aux réactions à géométrie variable des autorités, face aux prisonniers ayant exprimé leur dissidence. D’autres s’intéressent aux relations de la RAF avec l’extrême gauche allemande et les autres organisations de guérilla urbaines dans le monde, elles aussi à géométrie variable. La quatrième partie analyse en premier lieu, les textes produits par la RAF de 1971 à 1982, afin de définir la pratique du groupe et sa stratégie révolutionnaire (selon l’opposition classique Marx/Bakounine concernant la lutte sous l’angle marxiste ou anarchiste). Pour la RAF, synthétiquement : « Chaque individu qui lutte, armé contre l’impérialisme, est un îlot de liberté ». Défit et don de sa propre vie. Enfin, le livre s’achève par une réflexion sur la notion de terrorisme et de la violence armée en appelant à témoins, philosophes et penseurs révolutionnaires. Ce petit livre dérangeant s’il en est, constitue un document complet qui passe en revue tous les aspects de l’histoire de la RAF. Sa documentation exceptionnelle en fait indéniablement une référence en la matière, tout au moins dans la sphère francophone. Outil efficace pour comprendre comment des femmes et des hommes ont pu s’engager dans les années 70, au péril de leur vie, de leurs études, de leur vie professionnelle, de couple et de famille et refuser plus globalement, la normalisation de la société qui s’annonçait. Ripostant ainsi par la violence, à celle opérée aussi bien par la justice, le patronat ou la police, soutenus par des groupes de presse tel Springer, omnipotent en RFA à cette époque.

Patrick Schindler, individuel FA Athènes

PAR : Patrick Schindler
Individuel FA Athènes
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